La plus longue file d'attente de tous les temps : "Sur la Route"

Neil Jomunsi - 02.05.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - projet bradbury - nouvelles - apocalypse


Neil Jomunsi a décidé de nous faire poireauter : la nouvelle de la semaine est, justement, une affaire de temps perdu. Mais si la patience est une qualité, l'obstination est-elle une vertu ou juste une sale manie ?

 

La nouvelle de la semaine, je ne l'ai compris qu'une fois le point final posé, peut à bien des égards être comparée au Projet Bradbury en lui-même (pour un peu, c'en serait effrayant).

 

En effet, les personnages de cette histoire suivent un but qu'ils ignorent eux-mêmes, se contentant d'enchaîner les pas en avant en espérant que le petit matin récompensera leurs espoirs. Oh mince ! Ecrirais-je des autobiographies sans m'en rendre compte ? Bien sûr que oui. 

 

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Je vous présente donc Sur la Route, la 37ème nouvelle du Projet Bradbury. Quelques mots pour vous en parler :

D'aussi loin qu'Aaron puisse se souvenir, il s'est toujours trouvé dans la file d'attente. Inlassablement, la procession franchit plaines et déserts, montagnes et vallées, s'étendant sur des milliers de kilomètres depuis si longtemps que plus personne ne sait vraiment pourquoi il fait la queue. Dans une quête de sens obscurcie par l'absurde qui rôde, les hommes naissant, vivent et meurent en file indienne... mais pour quelle raison ?

Davantage qu'une image, un son ou une anecdote, cette nouvelle est née d'un sentiment qui, comme la plupart des sentiments, rechigne à se laisser définir avec des mots ou à se laisser enfermer dans un tiroir. Camus appelait cela l'absurde, en référence à Sisyphe qui poussait indéfiniment son rocher vers le sommet de sa montagne : une fois arrivé en haut, le rocher basculait et roulait de nouveau jusqu'en bas. Alors, le héros tragique devait recommencer sa tâche de zéro. Camus voyait dans cette absurdité l'image de nos propres existences vouées au néant, à l'oubli.

 

Par essence, une histoire dont le but est sans conséquence véritable sur le sort du monde ou des personnages est du ressort de la tragédie : c'est une narration éminemment anti-hollywoodienne. Dans la narration classique de la légende personnelle, le héros parvient d'une manière ou d'une autre à tordre le monde à sa convenance. J'ai voulu me frotter au genre de l'absurde, sans doute dans un moment de fatigue et de "à-quoi-bon-isme", et j'en ai tiré une nouvelle assez aride, au style assez proche de celui d'Onkalo. Bizarrement, quand j'écris des histoires apocalyptiques ou post-apocalyptiques, le style s'épure, ou plutôt il s'assèche. C'est presque un réflexe, au point où j'en viens à me demander s'il ne s'agit pas d'un tic d'auteur. Cela vaudrait peut-être le coup que j'écrive une histoire de dévastation dans un style très riche. À réfléchir.

 

Encore une fois, cette nouvelle est bien la preuve que pour savoir ce qui se passe dans la tête d'un auteur, il est inutile de lire les interviews qu'il donne ou les biographies sommaires des quatrièmes de couverture : je réalise avec toujours plus de stupéfaction que je me livre dans chacune de mes nouvelles beaucoup plus que je l'imagine, ou même que je le souhaiterais. Si l'on compilait tous mes textes et qu'on en extrayait la substantifique moelle, on obtiendrait sans doute une image assez fidèle de mes souvenirs, mon passé, mes peurs, mes frustrations, mes joies, etc... En cela, l'écriture de fiction a un côté biographique qui me dépasse, m'effraie et me réjouit tout à la fois.

 

En passant, outre les romans que j'ai sur le feu et que je compte bien faire publier l'année prochaine, je sais déjà ce que je ferai de mon "temps libre" une fois le Projet Bradbury terminé : j'ai très envie de monter une chaîne Youtube sur "l'art d'écrire" et plus généralement sur la manière de construire une histoire, qu'elle soit destinée au livre ou au cinéma. Bien sûr, le ton sera léger, plutôt délirant. C'est encore flou dans ma tête, mais le défi m'enthousiasme pas mal. Je vous en reparlerai quand j'en saurai plus.

 

Sur la Route est disponible chez KoboSmashwordsAppleAmazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l'intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. J'ai également un compte Flattr (si vous ne connaissez pas, jetez un oeil ici). La couverture est bien entendu toujours de la talentueuse Roxane Lecomte.

 

Bonne lecture !