La protection des données : un combat important, jusque dans l’édition

Auteur invité - 27.03.2020

Lecture numérique - Législation - protection données - internet sécurité édition - filière livre internet


Un manuscrit très attendu fait-il encore l’objet de convoitise ? Souvenons-nous des tentatives de J. K. Rowling et de son éditeur Bloomsbury pour garder l’intrigue de la série Harry Potter secrète, avec comme résultat des livres interdits d’être mis en vente avant minuit et une incarcération suite au vol de plusieurs exemplaires... Mais la fin de la série Harry Potter est bien loin maintenant, et les tentatives de vols semblent ne plus concerner uniquement les exemplaires imprimés, mais aussi les différentes versions numériques.



TheDigitalWay CC 0

 

Récemment, le cas de Margaret Atwood et de son nouvel ouvrage Les Testaments, a rencontré de pareils déboires, mais cette fois-ci avec des méthodes qui semblent moins classiques et plus sophistiquées.


En effet, 34 ans après la sortie de La Servante écarlate et deux ans après la première saison de la série, l’ouvrage était fortement attendu. Pourtant, l’acheminement du livre jusqu’aux mains des lecteurs n’a pas été de tout repos. Plusieurs personnes au sein de la chaîne de production du livre ont en effet été victimes de tentatives de phishing (ou hameçonnage en français). Une technique bien connue des pirates tentant d’entrer dans un système informatique, afin d’y subtiliser des informations sensibles telles que des données bancaires, des informations personnelles ou, dans ce cas, un manuscrit dont le contenu était encore confidentiel.
 

Cet épisode nous invite à réfléchir sur l’importance de la protection des données numériques dans l’édition. En effet, le sujet est de plus en plus crucial, il a même été mis en avant lors du séminaire annuel des agents et responsables de droits lors de la dernière foire de Francfort, qui échangent nombre d’informations et de fichiers avec leurs collègues étrangers, principalement par l’intermédiaire d’emails.

Des solutions pour se protéger existent. De nouveaux objets technologiques sophistiqués permettent une protection de haut niveau des documents et des contrats, tels que la blockchain (qui permet l’exécution automatique de certaines clauses des contrats tels que les paiements et la sauvegarde des négociations), les e-contrats et la signature électronique.
 

L’édition frileuse face aux outils technologiques


Pourtant, ces procédés ne semblent pas encore faire l’unanimité. Comme le rapportait Livres Hebdo,ces objets suscitent l’intérêt, mais pas encore l’adhésion. Les différentes personnes en lien avec la cession de droits contactées pour cet article n’utilisaient pas non plus ces technologies, ou n’en avaient tout simplement pas forcément connaissance en ce qui concerne la blockchain.

En effet, ces technologies présentent l’inconvénient d’avoir besoin d’un support informatique et de capacités techniques importantes. Un rêve lointain pour certaines entreprises, où avoir à disposition une plateforme de lecture sécurisée ou une tablette à jour relève parfois du parcours de combattant. En ce qui concerne les participants au séminaire des responsables de droits à Francfort, ils étaient nombreux à ne pas être réellement capables d’authentifier le signataire dans le cadre de signatures de e-contrats.


Foire du Livre de Francfort 2017
Foire du livre de Francfort - ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

Afin d’accompagner ces changements et la nécessité de protéger ses fichiers, contrats et transactions, des plateformes de vente de droits ont été créées pour aider cette révolution dans la protection des données. Prenant en compte les notions de blockchain, e-contrat et e-signatures tout en ayant pour but de faciliter la découvrabilité des titres et maisons d’édition, ces plateformes entendent faciliter et fluidifier les ventes de droits.

La foire de Francfort a d’ailleurs compris l’attrait que ces plateformes peuvent avoir et a pris le pas de la technologie en devenant actionnaire majoritaire d’IPR License. IPR License permet de faire des offres d’achat de droits simplement, via un formulaire automatisé où l’acheteur peut poser les bases de la négociation à venir (nombre d’exemplaires, prix de vente, zone géographique de vente, etc.), avec une mise à jour automatisée des disponibilités de droits pour les ouvrages présents sur la plateforme. Nakiri, une plateforme française, toujours en version bêta pour le moment, a également été présentée au Salon du livre de Genève en 2019.
 

Ces plateformes n’ont pas encore un grand succès en France. Sur la plateforme IPR Licence, aucune maison d’édition française ne propose encore ses ouvrages. Les personnes contactées par ActuaLitté ont rapporté connaître « le principe, mais pas le détail de leur fonctionnement », et pensent que ces outils sont plus adaptés aux « petites structures n’ayant pas de département de cession de droits ».
 

Suivi et sécurité


En effet, les cessions de droits peuvent être particulièrement chronophages et requièrent beaucoup de tâches d’archivage et de secrétariat, ces plateformes permettraient donc aux petites structures de se créer simplement une vitrine pour la cession de droit, et continuer à vaquer à leurs activités principales en répondant rapidement à leurs interlocuteurs intéressés. Le suivi des paiements et les signatures de contrats étant gérés par la plateforme, pas non plus besoin de suivi ou d’infrastructure sophistiquée pour être à même de répondre avec sérieux et efficacité aux demandes de cession de droits.


Pour les maisons d’édition ayant un ou plusieurs services de cession de droits bien développés, seul l’aspect sécurité pourrait être utile si l’entreprise n’utilise pas déjà des protections, notamment contre l’hameçonnage, plus difficile à réaliser via une plateforme standardisée que par de simples emails. Elles pourraient aussi aider les services à se débarrasser des tâches les plus simples rapidement, bien que certaines maisons d’édition comme Delcourt aient déjà mis en place un questionnaire précis sur leur site internet afin de mieux filtrer les demandes.


L’informatique est désormais omniprésente et les échanges s’intensifient. Il devient donc crucial de savoir comment protéger son patrimoine numérique ainsi que de rester attentifs aux nouveaux outils qui peuvent accélérer, sécuriser et simplifier les échanges. Les plateformes et nouvelles technologies ont donc bien leur place dans le monde de l’édition et des relations internationales, pour les petites structures notamment.

 
par Coline Briand

Article réalisé et publié dans le cadre des travaux menés avec les élèves du Master 2  Commercialisation du livre Formation Initiale de l’université de Villetaneuse — Paris 13, spécialité Commercialisation du livre. Les étudiants sont invités à écrire sur un sujet lié au monde de l'édition, suivant des consignes de rédaction journalistique.  


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