#AuteursenDanger : "Il y a danger et il y a urgence", jure le SNE

Nicolas Gary - 14.09.2015

Lecture numérique - Législation - réforme droit auteur - Bruxelles Juncker - auteurs danger


Dans sa campagne contre le projet de réforme du droit d’auteur que porte la Commission européenne, le Syndicat national de l’édition a sollicité son président. Vincent Montagne s’engage donc aux côtés de l’avocat Richard Malka, auteur d’un manifeste très controversé, La gratuité, c'est le vol. « Il y a danger et il y a urgence », assure le président du SNE.

 

Vincent Montagne (SNE) - Salon du Livre de Paris 2015

Vincent Montagne - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Tout a déjà été pointé dans le cadre de cette campagne de défense des auteurs, que porte le Syndicat national de l’édition. L’un des paradoxes, et pas des moindres, est que les organisations d’auteurs, justement, tardent encore à soutenir cette opération. Certainement parce qu’elles n’ont été consultées que du bout des lèvres, et que l’écriture d’un texte faisant consensus entre les deux parties n’a pas été possible.

 

On ne peut nier aux éditeurs la nécessité de cette action, attendu que les législations en cours d’élaboration les frapperont directement. En revanche, les reproches largement formulés portent sur le prétexte : brandir la situation des auteurs, pour attirer la sympathie du public, et provoquer le buzz

 

Le Syndicat national de l’édition [...] alerte les autorités et les éditeurs face aux risques que la gratuité, érigée en principe général, fait peser sur des milliers de créateurs, d’auteurs, d’écrivains, de chercheurs, de penseurs et d’essayistes. Vincent Montagne, président du SNE

 

Vincent Montagne, le président du SNE, pointe d’une part la directive européenne sur le droit d’auteur, d’autre part, le projet de loi sur le numérique en France. Ces deux éléments « risquent de bouleverser l’équilibre juridique et économique qui permet aujourd’hui aux auteurs d’être rémunérés, et plus généralement, aux créateurs, de vivre de leur travail ». 

 

Il rappelle également que le droit « garantit aux auteurs la possibilité d’être rémunérés en fonction de l’audience de leurs œuvres », et, dans le même temps, les lecteurs en font le succès. La liberté éditoriale et sa diversité sont présentées comme les garantes de la constitution d’une culture pour tous. Et elles sont aujourd’hui « menacées par l’intense lobbying de quelques majors qui entendent s’attribuer les revenus de ces créations et leur diffusion ».

 

Et voici le tableau du monde apocalyptique qui est brossé : 

 

Certains rêvent d’un monde où l’accès universel aux connaissances se ferait au mépris des auteurs. Dans ce monde, on plagierait les textes, on y puiserait librement les connaissances et les créations, devenues simples données échangeables, partageables, diffusables à l’infini... mais occasionnellement ou jamais rémunérées. 

 

C’est dans ce contexte que les éditeurs ont « choisi de dénoncer aujourd’hui le risque encouru par notre société si les projets de la Commission européenne et du gouvernement français étaient menés à leur terme. Ce cauchemar juridique éveille les consciences de nombre d’auteurs et de défenseurs de leur liberté ».

 

ActuaLitté publie sa lettre en intégralité, ci-dessous. On pourra télécharger gratuitement, à cette adresse, le manifeste de Richard Malka. Le Parti pirate français a apporté quelques nuances au tableau : « “La gratuité c’est le vol”. Formule-choc, aphorisme affligeant. On songe aux écrits d’Orwell, “la guerre, c’est la paix”... Cela révèle une vraie vision du monde. De celle que nous combattons avec une rare sérénité de conscience, comme quand le patron de Nestlé affirme que l’accès à l’eau n’est pas un droit fondamental. »

 

Et à ce titre, le débat promis lors du Salon du livre de Paris, en mars dernier, est toujours attendu : il devait permettre de donner l'opportunité d'un véritable débat sur le rapport de Julia Reda.