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La publication numérique libre, défi des universités américaines

- 06.04.2013

Lecture numérique - Usages - open access - format - presses universitaire


Doter les grands campus de presses universitaires dignes de leur mission : exigence intellectuelle et diffusion libre des savoirs. Un pari fou pour le bibliothécaire de l'université d'Amherst, Bryn Geffert qui part d'un incident éditorial. Auteur d'ouvrages sur la religion orthodoxe, l'homme avait été contacté l'an passé par un étudiant sibérien intéressé par son dernier ouvrage malheureusement indisponible sur place.

 

 

JonesLibrayMA (CC BY 2.0)

 

 

Geffert est face à un dilemme. S'il possède bien une copie numérique du livre, il ne peut pas la transférer ni faire des photocopies de la version papier sous peine d'enfreindre les droits de son éditeur. Seule possibilité, acheter son propre livre, d'une valeur de 60 $ et l'expédier en Russie. Un fait isolé qui rappelle le dilemme des bibliothèques, qui en l'absence de presses autonomes sont obligés de payer l'acquisition à des éditeurs tiers la production de chercheurs locaux.

 

La dent dure, l'auteur-bibliothécaire explique que « Nous, à Amherst, et nos pairs dans d'autres institutions diffusons un savoir, sans compensation à des éditeurs commerciaux. Ces presses rétribuent [rarement] nos auteurs, pas un centime, et ils n'offrent rien à l'université Amherst en retour. » Et s'irrite encore plus quand ces mêmes éditeurs demandent l'achat.

 

24.038$ à l'année pour une revue

 

Une situation économique que le bibliothécaire déplore en accusant l'industrie de « bien plus verrouiller l'information que de la disséminer auprès de ceux qui en ont le plus besoin ». Il cite l'exemple – extrême, reconnaissons-le – de la revue Brain Research qui coûte à l'année 24.038$. Une exception, mais qui ne doit pas faire oublier que beaucoup d'autres titres atteignent le millier de dollars annuel. Un montant qui lui fait dire « si les bibliothèques ne peuvent se permettre ces achats, pourquoi ne pas les produire nous-mêmes ? »

 

D'autres se sont déjà lancés dans l'aventure, comme l'université d'Utah, ou la Rice University dont les expérimentations ont cessé au bout de quatre ans. Geffert appelle à la création éditoriale universitaire au format numérique dans l'optique de diffuser les fruits de la recherche à un niveau mondial, et ce, en accès libre.

 

Ce qui signifie gratuitement, mais pas sans frais. Là encore, l'homme mentionne le numérique afin de diviser les coûts de production, de stockage et de livraison. Dont acte, fin janvier, l'université a annoncé le lancement d'une presse numérique universitaire sur un accès libre depuis n'importe quelle connexion. Jusqu'à rivaliser avec les presses des plus prestigieux campus du pays.

 

« Idéaliste ? », interrogeait le communiqué. Le bibliothèque qui chaperonne ses nouvelles presses veut bien l'avouer. Mais parle plutôt d'une démarche altruiste. Pour l'heure, les fichiers numériques, consultables en ligne et téléchargeables, ne se consacreront qu'aux humanités. La numérisation s'étant jusque-là focalisée sur les travaux de sciences dures. Avec les économies du format numérique, l'université compte embaucher un directeur de publication et deux éditeurs pour travailler sur les textes soumis à la publication.

 

Donnant un peu plus de crédits à ces propos, Melville House a dressé un comparatif entre les trois modèles économiques en vigueur : Les coûts de production d'un article sur abonnement à un format imprimé et en ligne reviendrait à 4 871 $, pour du numérique exclusivement 3 509 $ et pour le libre accès numérique reviendrait à 2 289 $. La revue Nature indique que l'écosystème ouvert avec publication immédiate ne pesait que 12 % en 2011. Mais qu'il profiterait aux chercheurs, au moins dans un modèle mixte.