La question du piratage de livres : un non-sens

Clément Solym - 03.05.2012

Lecture numérique - Usages - piratage - livres - DRM


Seth Godin n'est jamais à cours de réflexions sur l'édition, et plus particulièrement l'édition numérique. Ses dernières pérégrinations le mènent ainsi de la présence de DRM dans les fichiers à la lutte contre piratage. Deux sujets liés ? Parce que l'existence du second justifie la présence du premier. Certes… Mais comme dirait l'Américain : dans tes rêves !

 

Les DRM sont des verrous numériques qui permettent de limiter l'usage que l'on peut faire de son fichier. Mais Seth considère qu'avant même de vouloir parler de cette solution comme un frein - tout illusoire - contre le piratage, c'est cette question même du piratage qu'il faudrait aborder, plus sérieusement. 

  

« Combien de personnes préfèrent un disque dur rempli avec 10.000 chansons qu'un qui contiendrait 10.000 livres ? » (voir Domino project)

 

C'est que, selon lui, il existe des raisons compréhensibles qui motivent le piratage de logiciel, par exemple. Les coûts exorbitants de Photoshop peuvent inciter au piratage, pour faire l'économie de quelques centaines voire d'un millier d'euros. « C'est du vol de propriété intellectuelle, mais c'est tenant. »



 

De même pour ce qui est de la musique. Être accompagné toute la journée de milliers de chansons, toute sa semaine en plus, et non seulement en illimité, mais avec un choix extrêmement varié, c'est le lot de bon nombre d'amateurs. « Et la radio nous a appris que la musique peut être écoutée sans que cela ne coûte pas d'argent. »

 

Des nuances sont à apporter, dans un cas comme dans l'autre. D'abord, parce qu'il existe des logiciels gratuits, permettant de disposer d'outils sans avoir à verser un centime. De même, des offres de musique en streaming permettent une écoute prolongée - mais encore faut-il être connecté en permanence.

 

Sauf que les livres, considère Seth, sont des objets nécessitant du temps, de l'investissement et ne peuvent pas être consommés sans un nécessaire moment de pause. D'autant plus, ajoute-t-il, que les livres ne sont pas chèrement vendus. « J'ai écrit plusieurs livres gratuits, et même quand j'appelai à un piratage illimité, cela ne se produisait pas. »

 

La crainte des éditeurs serait alors un élément paralysant. « Ils font des cauchemars, rêvant de salles de classe pleines d'enfants, avec une seule copie de To Kill a Mockingbird, ou des filiales entières de compagnies avec un seul exemplaire relié à 29 $. » 

 

Mais le vrai problème, pose-t-il, c'est l'absence de visibilité, c'est de maintenir sur la longue traîne la vie d'un livre. « Si seulement le piratage était un problème… »