Kindle Unlimited : piège à gogo, ou bac révélateur des revenus des auteurs ?

Clément Solym - 10.07.2015

Lecture numérique - Usages - offre illimitée - écrivains ebooks - rémunération abonnement


Si certains auteurs indépendants se plaignaient que la rémunération était injuste, avec Kindle Unlimited, ils sont maintenant plus nombreux à s’arracher les cheveux. Le nouveau mode de paiement choisi par Amazon, pour le monde entier, dans le cadre de son offre d’abonnement illimité et pour sa bibliothèque de prêt Kindle, colle des sueurs froides. Bien glacées...

 

Perú > Lima

Antifluor, CC BY 2.0

 

Découvrir que l’on sera rémunéré à la page n’a rien de très enthousiasmant. Mais compter sur 0,006 $ par page, c’est encore plus désagréable, alors que, jusqu’à présent, Amazon achetait le livre au prix fort, dès que plus de 10 à 20 % de l’ouvrage était lu. 

 

Depuis mai 2014 et le lancement de son offre illimitée, Amazon avait joué la danse du ventre, pour attirer les indépendants, et faire grossir son catalogue Kindle Unlimited. Tout cela était bel et bon, et pour s’assurer les bonnes grâces des écrivains, Amazon débloquait un fonds qui serait abondé pour acheter les ebooks ainsi lus. 

 

En mai 2014, 1,2 million $ était jeté dans la cagnotte, et chaque mois, jusqu’en mai dernier, les montants n’ont fait qu’augmenter, pour atteindre 10,8 millions $. (via The Digital Reader)

 

Si l’on fait la somme des montants injectés, on arrive à près de 94 millions $ en l’espace d’une année. Alors quid de l’idée que les auteurs sont finalement les dindons de cette farce que peut être l’abonnement illimité ? 

 

L’idée est tout de même que, quoi qu’il arrive, passés les 10/20 % de lecture du livre, l’auteur sera rémunéré, même s’il s’agit de gagner quelques cacahuètes. En revanche, si personne n’achète l’ouvrage intégral, pas de rémunération. Alors voici que Tech Crunch se prend de passion pour la littérature, et propose un calcul épatant : 

 

Exercice douloureux de calcul mental

 

Pour un livre de 300 pages, lu intégralement, on supprime les 10 % des premières pages, qui sont cadeau, et on multiplie les 270 restantes par 0,006 $. On arrive à 1,62 $. Bravo : il va falloir en vendre pour payer le loyer, l’université des enfants, etc.

 

Prenant le modèle inverse : l’ouvrage est vendu 1,62 $, en autopublication, et si un lecteur l’achète, l’auteur percevra 1,134 $ (70 % de versements, et 30 % qui vont à Amazon). Le prix à la page est plus réduit encore. Sauf que tous les ouvrages d’indépendants sont plutôt proposés entre 2,99 $ et le fameux 9,99 $, donc le calcul s’effectuerait alors plutôt sur cette base. Reprenons :

 

ebook à 9,99 $ : 6,993 $ de redevance, soit 0,023 $ la page

ebook à 2,99 $ : 2,093 $ de redevance, soit 0,0069 $ la page

 

Autrement dit, la perte par rapport à une vente traditionnelle est assez flagrante, même pour un titre classique. 

 

Alors, imaginons ce qui se passe pour un auteur, dont le titre est vendu 9,99 $ sur Amazon, qui ne percevra que 25 % de droits d’auteurs – chose déjà astronomique, si, si. D’abord, soustraire la remise Amazon de 30 %, et donc aboutir à une rémunération pour l’auteur de 1,75 $, ce qui, divisé par 300 pages, donne... 0,0058 $. 

 

Moins que ce que reverse Amazon. 

 

Bien entendu, on peut considérer qu’il était injuste que les auteurs avec des titres de 50 pages perçoivent leurs revenus équivalents à ceux d’un auteur de livre de 500 pages. Hugh Howey avait d’ailleurs protesté et pesté en ce sens.

 

Maintenant, la question serait plutôt de savoir de quoi faut-il réellement se plaindre...