La résistance de la France au livre numérique, selon Stephen King

Clément Solym - 15.11.2013

Lecture numérique - Usages - Stephen King - livre numérique - Kindle Singles


Interrogé ce matin, au micro de France Inter, le Maître King a parlé de sa passion pour la nouvelle, ce genre littéraire si spécifique, qui remonte à ses origines, avant le succès. À l'époque, il écrivait, dit-il, « dans des magazines de cul », où les nouvelles étaient publiées avec une femme nue au milieu du texte. Et le genre de la nouvelle était prolifique à cette époque.

 

 

 

 

 

Mais depuis, analyse le King, ces magazines américains ont fait faillite, peut-être à cause d'internet, estime-t-il. Mais le genre n'est pas mort pour autant, parce qu'il se passe, outre-Atlantique, un phénomène nouveau, qui « ne s'est pas encore produit en Europe, ni en France », car il existe, en France, « une résistance par rapport au livre numérique ».

 

Et la solution pour renouer avec le monde de la nouvelle ? Simple : Kindle Singles. Depuis janvier 2011, la firme américaine a en effet inauguré des mini ebooks, , de 5000 à 30.000 mots, avec des prix de vente compris entre 99 cents et 4,99 $. Ces courts récits, explique Stephen King sont donc des oeuvres courtes et « beaucoup d'auteurs commencent ainsi ». 

 

Détaillant le procédé, King explique que les écrivains fournissent leurs textes à Amazon, ce qui leur permet de les vendre directement. « C'est beaucoup plus lucratif », souligne-t-il. Et de fait, Amazon ponctionne 30 % du prix de vente, le reste revenant à l'auteur. « La plus grande partie des revenus va à l'auteur », raison pour laquelle les auteurs s'y précipitent. 

 

D'ailleurs, prenant position dans le débat sur le port d'armes, Stephen King avait lui-même eu recours à Kindle Singles, pour la publication de Guns, un plaidoyer d'une vingtaine de pages - dont les revenus sont reversés aux victimes des armes à feu. « Je pense que la question d'une Amérique croulant sous les armes est un sujet auquel tout citoyen doit réfléchir. Si cela aide à provoquer un débat constructif, j'ai fait mon travail. Une fois que j'ai fini d'écrire Guns je voulais le publier rapidement et Kindle Singles fournit une excellente solution », expliquait alors King.

 

Mais reste que le King est un passionné : « La nouvelle est un format que j'aime. [...] Il n'y a pas beaucoup d'argent à faire avec ce genre », mais qui raisonnerait l'amour ?  

 

King aura témoigné d'une relation étrange avec la lecture numérique. En mars 2008, et sans qu'il ne soit jamais revenu sur ces déclarations, il estimait que le gadget représenté par le premier lecteur ebook était amusant, mais ne remplacerait jamais un livre papier. Par la suite, le romancier a su largement profiter des atouts numériques, que ce soit pour promouvoir ses propres titres.

 

On se souviendra qu'il avait fait paraître un roman, spécialement pour le lancement du Kindle 2e génération, qu'il avait lu devant un parterre de journalistes. Amazon avait alors réalisé une version rose, spécialement pour l'occasion.