La révolution numérique "sur le déclin" (Tim Waterstone)

Clément Solym - 31.03.2014

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Le livre numérique est mort. Ou du moins, entre-t-il dans un déclin funeste : voilà l'avenir que le fondateur de la chaîne de librairies, Tim Waterstone, lui prédit. Selon lui, l'amour pour le mot, imprimé, n'est pas mort en Grande-Bretagne, et l'objet papier est l'un des produits de consommation les plus réussis. Autrement dit, la révolution numérique va prendre du plomb dans l'aile - et pas seulement le sel qu'on lui expédie régulièrement.

 

 

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Zeno, CC BY ND 2.0

 

 

En 1982, autre époque, autres moeurs, Tim Waterstone ouvre ses librairies sur le territoire britannique. Après plus de 40 années de bons et loyaux services rendus au monde du livre, il assure avoir « entendu et lu plus de cochonneries sur la force de la révolution numérique que tout ce que j'ai connu ». Et à l'occasion de cette conférence qui se déroulait durant l'Oxford Literary Festival, l'intéressé s'est abondamment répandu sur la misère du format numérique, rapporte le Telegraph.

 

Dans les milieux autorisés, souligne-t-il, on se montre généralement apocalyptique, pour ce qui est du devenir du livre. Mais lui-même refuse de croire en cette vision sinistre. « La révolution de l'ebook n'a pas encore commencé », pointe-t-il. « Les ebooks ont développé une partie du marché, bien sûr qu'ils l'ont fait, mais tout porte à croire - et plus certainement en Amérique - que leur action est déjà en déclin. Les indicateurs montrent qu'il en va de même au Royaume-Uni. »

 

Selon l'Association of American Publishers, les ventes du format numérique n'ont augmenté que de 4,8 % durant les douze derniers mois, alors que celles de livres papier, ont été en croissance de 11,5 %. Des résultats qui contredisent les chiffres observés au cours des dernières années, et principalement les données avancées par Amazon. Le cybermarchand a en effet constaté voilà quelques années que les ventes d'ebooks avaient dépassé celles de livres imprimés. 

 

Au Royaume-Uni, Nielsen BookData assure que les ventes entre mai et juin de l'année 2013, avaient diminué, en regard de la même période, sur 2012. « L'impression sur papier a duré durant des siècles. C'est l'un des plus beaux produits de consommation, le plus réussi de tous les temps. Le livre a probablement eu le taux de croissance le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, par rapport à tout autre produit de consommation. Le taux de croissance est, depuis 1945, de 5,2 %. »

 

C'est que, finalement, « l'intérêt pour la lecture est si profondément ancré dans la culture et l'âme humaine de ce pays, qu'il est immobile. Le livre, physique, traditionnel, est permanent. Je suis absolument certain que nous en serons au même point, d'ici 40 ans. »

 

L'idée est intéressante, rassurante, bien entendu, mais ce que M. Waterstone semble omettre, c'est que nous n'en sommes encore qu'à la préhistoire des appareils numériques, guidés par les fabricants, qui imposent leurs propres contraintes éditoriales. Peut-être que dans 40 ans, le livre papier sera toujours présent, et c'est finalement souhaitable, parce qu'il comptera encore. Mais d'ici 40 ans, nul doute que l'on aura dépassé amplement l'iPad et les tablettes contemporaines, pour proposer des appareils de lecture plus pertinents. Et certainement, des auteurs se seront largement emparés des possibilités qu'offre l'écriture numérique…