La Sofia désolée de sa bévue sur les demandes de retrait à ReLIRE

Nicolas Gary - 04.08.2013

Lecture numérique - Législation - registre ReLIRE - Moutons électriques - demande de retrait


La situation était croquignolette : la maison Les moutons électriques, avait demandé le retrait de plusieurs ouvrages de Roland C. Wagner au registre ReLIRE. En parallèle, le directeur littéraire, à titre personnel, avait également demandé que deux de ses livres soient retirés. Moralité : la Sofia a accepté de tout supprimer de sa base en répondant de manière confuse... à l'éditeur, pour l'ensemble des titres.

 

 

 

 

Sollicité hier par ActuaLitté, André-François Ruaud n'en revenait pas : « Et voilà qu'ils répondent à l'adresse professionnelle des Moutons électriques, et non à mon adresse personnelle, alors que c'est depuis cette adresse que j'ai effectué la demande. C'est scandaleux : comment s'est opéré ce recoupement ? On vit du 1984 en direct ! » 

 

Raphaël Colson, gérant des Moutons électriques, et André-François Ruaud avaient évidemment demandé à la Sofia de corriger rapidement le tir, et que deux courriers distinguant les deux demandes soient envoyés, pour valider dans les formes les retraits du registre ReLIRE. 

 

C'est en fin de journée, près de deux heures après la parution de notre article, que la Sofia s'est manifestée auprès d'André-François Ruaud. La réponse vaut son pesant de cacahuètes indisponibles : 

Au regard de votre situation, je vous confirme qu'il y a bien eu une erreur de notre part concernant votre demande d'opposition à la numérisation des livres indisponibles.

En effet, notre système informatique vous a identifié comme un éditeur qui n'est manifestement pas le cas...

Au nom de la Sofia, je tiens à vous présenter toutes mes excuses pour la gène occasionné et vous prions de bien vouloir croire que cela ne se reproduira plus à l'avenir.

Nous allons vous transmettre un courrier rectificatif dans les plus brefs délais.

 

Mais la société ne répond toujours pas à la question centrale : comment s'est opérée la confusion, et surtout, le recoupement ? Qu'est-ce qui a permis à la Sofia d'assimiler André-François Ruaud, auteur, à André-François Ruaud, directeur littéraire des Moutons électriques ? Et par conséquent, d'accorder le retrait des oeuvres demandées - et donc le droit de leur exploitation - à l'éditeur Les Moutons électriques ? 

 

Le problème n'est pas tant que le système informatique ait « identifié comme un éditeur » André-François, mais que la réponse de la Sofia ait été faite aux Moutons, pour les titres de Wagner et ceux de Ruaud, dans un fameux cafouillage et mélange de données.

 

« Cette agence culturelle qui aura la charge de vendre les livres numérisés qui seront dans la liste ReLIRE est également l'agence qui accepte ou non les demandes de retrait. La Sofia est ici juge et partie : on est en plein conflit d'intérêts », estime le directeur littéraire. Juge, partie, et probablement plus, si affinités.

 

Pour mémoire, le registre ReLIRE découle d'une loi adoptée en mars 2012, qui permet la numérisation d'oeuvres indisponibles du XXe siècle, sous droit. Mais pour aller plus vite, et ne pas s'embarrasser avec la négociation des droits numériques entre auteurs et éditeurs, un vernis patrimonial s'est ajouté. Ainsi, la loi permet de numériser, sans avoir à le signaler ni à l'auteur, ni aux ayants droit. Ces derniers ont six mois pour s'opposer. Au terme de ce délai, les démarches sont un peu plus douloureuses.