La version numérique offerte pour le livre papier acheté ? Non...

Nicolas Gary - 11.01.2013

Lecture numérique - Usages - offrir la version numérique - livre papier - Amazon AutoRip


La présentation du service AutoRip d'Amazon a hier fait grand bruit : un principe de bon sens, une utilisation simple... de quoi conquérir le public. Pour tout CD acheté depuis 1998, date à laquelle Amazon a commercialisé de la musique, l'utilisateur peut désormais retrouver une version numérique, gratuitement. De quoi faire monter la mayonnaise dans la lutte contre Apple et Google sur la musique dématérialisée, évidemment.

 

 

 

 

En offrant un accès au Cloud Reader, sur lequel est stocké l'ensemble des disques au format MP3, Amazon ne fait ni plus ni moins que procurer des copies numériques à ses clients. Des artistes aussi prestigieux que Pink Floyd, et leurs majors, ont signé des accords pour ce faire. Mouvement intelligent de la part de la firme, qui se rapproche des habitudes de consommation des utilisateurs, bien entendu.

 

Évidemment, la suite des événements passerait facilement par la numérisation des livres papier, offerts par la suite en version numérique, pour alimenter encore plus les lecteurs et utilisateurs de Kindle. Une idée qui est rapidement venue à tout un chacun, surtout qu'Amazon finirait d'asseoir sa domination dans le secteur.

 

Or, tout le monde n'est pas nécessairement d'accord avec l'idée, lui reprochant de n'avoir pas... d'avenir. L'AutoRip du livre n'existerait donc pas ? 

 

L'idée de proposer des versions numériques gratuitement pour les CD est complexe : d'abord parce qu'Amazon a ouvert ses portes en tant que librairie, en 1995. Et que dans les premiers temps, Amazon n'était autre qu'une librairie en ligne, se contentant du strict commerce de livre sur la toile. À ce titre, des millions - des milliards ? - de livres ont été vendus, et Mashable estime que ce sont beaucoup trop de livres vendus, pour qu'un service numérique soit offert.

 

Personne sur le secteur

 

Interrogeant une analyste de chez Forrester Research, Sarah Rotman Epps, le magazine souligne qu'il ne serait pas possible de générer les montants nécessaires à ce service pour les ouvrages déjà vendus. En outre, « les éditeurs ont appris des erreurs des maisons de disques et ne livrent pas leurs sources de revenus si facilement », assure-t-elle. Si Amazon avait un quelconque projet de ce type, les éditeurs feraient payer au prix fort le coût des licences. Le livre a, et reste un marché qui est premier pour Amazon, loin devant les CD ou les DVD. 

 

Sur ce point, difficile de ne pas discuter : il serait possible qu'Amazon réduise la durée, et décide que les livres numériques seront offerts depuis le lancement du Kindle, en 2007, ou fasse intervenir des contraintes X et Y. L'idée qu'Amazon se retrouve face à une douloureuse démente, pour disposer d'un tel accord, a du sens. Un peu. Certaines sociétés aux États-Unis proposent de numériser, contre monnaie, un livre papier : qu'est-ce qui empêcherait alors Amazon d'adjoindre un tel service ? Les fichiers numériques n'ont pas nécessairement à être envoyés par les maisons d'édition...

 

L'autre point, c'est que le marché de la musique est très concurrentiel, avec un acteur de premier ordre, Apple, et qu'AutoRip est vraiment la réponse d'Amazon à la firme de Cupertino. Pour attirer les clients sur son site, et les détourner de l'écosystème iTunes, Amazon semble prêt à tout... Or, sur le marché du livre numérique, la société est tellement loin devant tout le monde, qu'il semble inutile d'innover trop vite. Inutile, mais pas stupide, toutefois. 

 

Suivre le modèle français, pour les éditeurs ?

 

En France, l'idée avait germé, chez plusieurs éditeurs, de proposer la version numérique gratuite, en version PDF dans les premiers temps, pour l'achat du papier. Puis, les éditions Dialogues structurèrent une offre plus complète, en proposant un code-barre sur les livres papier, à scanner, pour récupérer sur son smartphone, à l'époque, un fichier EPUB du livre. Avec le risque minimum, quoique réel, de piratage. 

 

« Vous savez, les petits margoulins qui s'amuseront à ça sont tout simplement des malhonnêtes. Mais ce n'est pas propre au numérique : dans les libraires, on a toujours connu des vols, généralement entre 1,5 et 2 %. Alors, évidemment, ça m'ennuie, mais c'est ainsi. Et il faut se dire que ce sont eux qui créeront de nouveaux gendarmes et des policiers supplémentaires, en agissant de la sorte », expliquait Charles Kermarec, le patron de la maison, à ActuaLitté, en mars 2010. 

 

Depuis, Publie.net s'est lancé dans l'arène papier, avec des ouvrages en impression à la demande, pour lesquels le numérique est offert. Ce principe semble, étrangement, encore assez éloigné des préoccupations américaines, alors qu'il est apparu assez naturellement sous nos latitudes : un flashcode, et hop, c'est dans la boîte. 

 

Cependant, dans le cas d'Amazon, on est encore loin de penser à cela, estime l'analyste de Forrester : « Offrir des produits aux consommateurs est un jeu dangereux, parce qu'il n'y a pas d'avenir sur ce terrain, tant les marges sont déjà si compressées. Les actionnaires ont été étonnamment tolérants sur les marges fines d'Amazon et ils ne cautionneraient pas une telle opération. »