Le baromètre SOFIA/SNE/SGDL scrute les usages du numérique

Clément Solym - 16.03.2012

Lecture numérique - Usages - usages du numérique - Opinion Way - SNE


Les premiers résultats du baromètre sur les usages du livre numérique, réalisé par Opinion Way pour le Syndicat National de l'Édition (SNE), la Société des Gens de Lettres (SGDL) et la Société Française des Intérêts des Auteurs de l'Écrit (Sofia), font apparaître une pratique encore marginale de la lecture numérique, et dessinent le profil des lecteurs d'ebooks.


Le lecteur numérique est-il encore un « OVNI », comme l'appelle Bruno Jean-Bart d'Opinion Way, dans la population française ? Honnêtement, personne sur la scène numérique ne s'attendait à des chiffres mirobolants, avec un marché du numérique encore insignifiant par rapport à l'autre côté de l'Atlantique. Avec 0,3 % des ventes totales de livres en France, le livre numérique français regarde avec envie les 15 à 20 % que son homologue américain représente.

 

Bruno Jean-Bart, quelques bafouilles pour beaucoup de chiffres

 

Mais, avec des Assises du numérique centrées sur le lecteur, (voir notre actualitté) le baromètre d'Opinion Way se concentre sur les usages du livre numérique plus que sur ses chiffres de ventes. Réalisée auprès d'un échantillon représentatif de la population (18 ans et plus), l'étude révèle que 2 % des interrogés ont lu un livre numérique en entier, 3 % en partie seulement et 5 % envisagent de le faire. Ce qui laisse 90 % de la population peu ou pas du tout intéressée par le livre numérique. Ouch.

 

Parallèlement, Opinion Way a interrogé sur Internet 505 lecteurs de livres numériques. On est un peu déçu par l'« OVNI » annoncé : le profil-type est celui du cadre supérieur (CSP+), dynamique, jeune (moins de 35 ans). Mais « les lecteurs de livres numériques sont avant tout de grands lecteurs» note Bruno Jean-Bart au regard des résultats : 26 % d'entre eux lisent au moins 5 livres par mois. Le contenu importe donc plus que le support : c'est « intellectuellement agréable », comme le note François Coupry, Président de la Sofia.

 

Ils sont aussi bien équipés en technologie dernier cri : 23 % des lecteurs possèdent une tablette (et 23 % envisagent son achat) et 18 % ont accès à une liseuse. Un chiffre à mettre en parallèle avec celui du GfK sur l'équipement des ménages : 7 % possèdent une tablette, 1 % un lecteur ebook. « Le taux d'équipement viendra renforcer la part du livre numérique, sans pour autant que cela change radicalement les pratiques » explique Bruno Jean-Bart. 92 % des lecteurs d'ebooks interrogés utilisent en effet un reader pour s'adonner à leur activité préférée.

 

Les écrans plasmas enchaînent les courbes et graphiques en un drôle de dessin animé pour matheux : 42 % des lecteurs ont acquis leur ebooks gratuitement, contre 58 % moyennant finances. La majorité d'entre eux ont toutefois déboursé moins de 8 €, souvent pour un achat spontané. 67 % choisissent le paiement à l'acte pour une moitié de téléchargement, un quart de transfert par clé USB ou carte mémoire et 4 % seulement de lecture en streaming. Ils sont 20 % à choisir la location d'ebooks et 6 % une formule d'abonnement. 70 % d'entre eux ont récupéré leur ebooks directement sur leur support de lecture, probablement via une boutique dédiée.

 

 

Les formats privilégiés par les lecteurs de livres numériques dénotent une prépondérance du PDF (53 %) sur l'ePub (12 %), devant l'HTML (11 %), le jpeg (9 %!) et le mobi (5 %). Gageons que les recherches engagées par le projet Readium autour de l'ePub 3 vont changer la donne... (voir notre actualitté)

 

L'offre illégale a aussi été passée au crible par Opinion Way : même si Bruno Jean-Bart note « qu'il est toujours difficile d'avancer des résultats fiables en la matière », 20 % des lecteurs de livres numériques ont eu recours à des ebooks piratés, soit... 1 % de la population française. Les raisons avancées ? Une offre légale trop chère ou pas assez pourvue...

 

Le prix : c'est la première raison invoquée par les convertis au livre numérique. C'est un triste résultat pour Jean-Claude Bologne, Président de la SGDL : « Le livre numérique n'est pas une question de pouvoir d'achat, c'est une question de plaisir de la lecture ». Cela dit, plaisir de lecture ou non, les livres ne se mangent toujours pas. Seul 0,24 % des interrogés ont dit avoir adopté le numérique pour des questions de « plaisir de lecture ». Un petit 0,24 %, poursuit-il, qui « pousse les auteurs à montrer que le numérique est une véritable création et pas seulement une transposition ». Pour lui, ces 0,24 % seront « le sel de la terre ». La classe.