Le biographe de Steve Jobs invoque la confidentialité de ses informations

Clément Solym - 31.07.2012

Lecture numérique - Législation - Steve Jobs - entente - Walter Isaacson


Les avocats impliqués dans l'affaire d'entente entre les éditeurs et Apple, portant sur la fixation des prix de livres numériques, avaient gentiment biché en découvrant... la biographie de Walter Isaacson. On y découvrait en effet des propos du patron d'Apple, qui prouvaient, estimaient les avocats, qu'il y avait bien collusion, et surtout, qu'Amazon était largement visé par le projet d'instauration du contrat de mandat. Par ce dernier, les éditeurs imposaient un prix de vente identique pour tous les revendeurs. Et mettait alors le feu aux poudres. 




 

Isaacson a déjà refusé la semaine passée de comparaître devant le Ministère de la Justice. Son avocate, Elizabeth A. McNamara, avait vivement défendu le biographe. « La théorie des plaignants selon laquelle Mr Isaacson serait le seul à posséder ces informations est erronée. Les preuves liées "à la connaissance, à la stratégie et au rôle" de Mr Jobs sur le marché des ebooks pourraient être pertinentes si elles avaient été communiquées aux employés d'Apple ou aux conspirateurs présumés [les éditeurs], et elles seraient facilement accessibles auprès de ce groupe de personnes. » (voir notre actualitté)

 

Mais le gouvernement fédéral ne lâche pas le morceau si facilement ; Walter Isaacson sait quelque chose, il dans la situation présente, il faudra bien qu'il parle. Elizabeth McNamara a répondu au juge Denise Cote, qu'il était possible de renouveler la demande de citation à comparaître pour son client, à condition que cette dernière satisfasse aux critères de divulgation de documents non confidentiels. 

 

Ce qui intéresse tout particulièrement le DoJ autant que la juge fédérale, ce sont les notes prises par Isaacson lors de l'écriture de l'ouvrage racontant la vie de Jobs. Les plaignants estiment en effet que ces notes démontreraient, plus clairement encore, ce que les propos prêtés à Jobs et rapportés dans le livre, que Steve Jobs avait orchestré un véritable complot contre Amazon. Et ces notes serviraient alors de preuve à charge contre Apple… 

 

Sauf que les notes, personne ne les a encore vues, et Isaacson a précisé qu'elles ne contenaient aucune conversation portant sur la tarification des livres numériques, n'en déplaise aux avocats des plaignants. De plus, Isaacson se réfugie derrière la protection des sources, un privilège de journaliste qui ne saurait lui être refusé. Et lui permet surtout de ne rien dévoiler de tout ce qu'il a pu conserver des échanges avec Jobs. Pour l'un des avocats des plaignants, Steve Berman, ce privilège dû aux journalistes est sans objet, puisque Jobs n'a jamais demandé à ce que ses échanges avec Isaacson soient confidentiels. 

 

Pourtant, Isaacson n'est pas de mauvaise volonté : il accepterait d'authentifier les passages de son ouvrage. Du reste, son avocat est formel, « il s'oppose énergiquement à présenter tous les documents non publiés qui ont servi dans la collecte d'informations ». Mais pour ce qui est des notes, il va falloir réitérer la demande… ultérieurement. 

 

Dans l'ouvrage, on pouvait lire ce qui suit : 

Amazon s'est planté. Il a payé le prix fort pour certains livres et s'est mis à les vendre moins cher, à neuf dollars quatre-vingt-dix- neuf. Les éditeurs détestaient cette pratique : ils se disaient que cela ruinait leurs chances de vendre leurs éditions reliées à vingt-huit dollars. Donc, avant l'entrée en scène d'Apple, certains éditeurs avaient déjà commencé à retirer leurs livres d'Amazon. Alors, nous leur avons dit de fixer leurs propres prix et de nous en donner 30 pour cent. Oui, le consommateur paierait un peu plus, mais c'est ce qu'ils voulaient de toute façon. Mais on leur a aussi demandé des garanties : si n'importe qui d'autre vendait le même livre moins cher, on était en droit de s'aligner. Alors, ils sont allés chez Amazon et ont exigé le même contrat, sinon ils ne faisaient plus affaire avec eux. [voir notre actualitté]