Le capitalisme ne peut qu'apprécier le livre numérique (Franzen)

Clément Solym - 30.01.2012

Lecture numérique - Usages - Jonathan Franzen - livre numérique - consommation


Tout le monde a un avis sur le livre numérique, et ses déclinaisons, ainsi que les incidences que cela peut avoir sur le public. Pour le romancier Jonathan Franzen, l'ebook représenterait même une forme d'injustice sociale. 

 

C'est à l'occasion du Hay Festival, organisé à Cartagène en Colombie, que Franzen s'est fendu d'une réflexion toute personnelle sur le sujet. « La technologie que j'aime, c'est l'édition paperback américaine de Freedom [NdR : son dernier livre]. Je peux renverser de l'eau dessus, et elle continuera à ‘fonctionner', donc, c'est une technologie assez bonne. Et en plus, cela fonctionnera encore très bien dans dix ans. Donc pas étonnant que les capitalistes la déteste. C'est un mauvais modèle économique. » (voir le Telegraph)

 

Franc du collier et plutôt deux fois qu'une, Jonathan oublie peut-être de dire que ses ventes de livres numériques sont loin d'être négligeables. Mais rien n'empêche en effet que l'on puisse trouver le papier plus appréciable. 

 

 

Du reste, son idée s'accompagne de quelques éléments plus nets : « Je pense que pour les grands lecteurs, le sentiment de permanence fait partie de l'expérience. Quand je lis un livre, je manipule un objet spécifique dans un moment et un lieu précis. Le fait que, lorsque je le prends de l'étagère, il me dise toujours la même chose, est assez rassurant. Quelqu'un a travaillé dur pour que la langue sonne juste, de la manière dont il le souhaitait. »

 

Donc papier = rassurant.

 

« Un écran donne toujours l'impression que tout pourrait s'effacer, se modifier, ou être changé./ Donc, pour une personne bibliophage comme moi, ce n'est simplement pas assez inscrit dans la durée. »

 

Donc ebook = pas rassurant.

 

Noté, Jonathan, et merci de cette analyse. En effet, comme tu le soulignes, il est difficile de savoir, même avec une boule de cristal, ce qu'il en sera dans une cinquantaine d'années. Existera-t-il encore des lecteurs qui auront cette soif d'objets permanents, qui traversent le temps, ou presque ? « Je redoute que cela ne soit difficile de faire en sorte que le monde tourne, sans permanence. Ce genre de contingence radical n'est pas compatible avec un système juste ou une responsabilisation personnelle. »

 

À 52 ans, la star littéraire d'outre-Atlantique n'en reste cependant pas là : il avoue tout le plaisir qu'il peut ressentir de savoir Obama à la Maison blanche, parce que, pour la première fois, c'est un vrai lecteur - qui, ne l'oublions pas, s'était procuré le livre de Jonathan, un peu en avant-première