Le congrès britannique pour la lecture numérique prône l'ouverture

Clément Solym - 29.05.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - World e-Reading Congress 2012 - librairies - modèles économiques


L'une des conférences consacrées à la lecture numérique les plus suivies de Grande-Bretagne, le World e-Reading Congress, s'est déroulée mi-mai à Londres. Au menu, les questions qui sont désormais autant de tartes à la crème pour les penseurs du livre numérique : survie du réseau de librairies, nouveau statut des éditeurs et numérisation des catalogues.

 

L'optimisme est de mise chez les éditeurs britanniques : Dominic Pride, consultant chez The Sound Horizon, attaque en estimant que « la Grande-Bretagne a évité sa période Napster. » Il fait référence à l'effondrement des majors devant l'accès libre et gratuit - mais à l'époque, illégal - à la musique dont le site Napster était l'étendard il y a quelques années.


 

 

 

Ils peuvent se réjouir, mais aussi se féliciter : c'est avant tout grâce à la numérisation rapide des catalogues que les éditeurs ont réussi à prendre de court les pirates. Bloomsbury, en grande forme, a ainsi transformé en fichiers... l'intégralité de son catalogue. (voir notre actualitté) Il a conseillé aux éditeurs de se passer des DRM et de « s'engager rapidement avec des partenaires extérieurs, et utiliser le freemium pour impliquer les consommateurs et octroyer une valeur ajoutée à votre service. »

 

L'industrie de la musique, avec le coup de bambou Napster, est devenue partageuse : c'est en tout cas l'attitude prônée par Paul Gathercole, vice-président des outils numériques chez Universal Music. « Ouvrez-vous le plus tôt possible aux nouveaux partenariats, et vous travaillerez peut-être avec le nouveau Facebook » a lancé Gathercole à l'attention de ses collègues. Au milieu de tous ces responsables de l'industrie culturelle, Gathercole n'a pas pris de pincettes, risquant de provoquer quelques crises cardiaques de-ci de-là : « Bien que cela paraisse contre nature, n'ayez pas peur de donner gratuitement. Vous pourriez bénéficier d'un retour sur investissement en deux ou trois ans. »

 

Les intervenants ont également évoqué la lecture en streaming et l'utilisation d'applications comme nouvelles sources de revenus pour les éditeurs, et les auteurs. Ces derniers ont d'ailleurs souligné la nécessité d'une véritable transparence des contrats numériques, avec une liberté laissée au créateur « qui choisira ce qu'il veut dans un menu. »

 

Un sort tout particulier a été réservé aux libraires, qui ont vu débarquer sur scène leur ex-collègue Philip Downer, ancien directeur de Borders en Grande-Bretagne : inutile de souligner qu'il sait de quoi il parle.  (voir notre actualitté) Comme un pied de nez, Downer a mis l'accent sur le livre papier, « qui prospère » dans toute une série de magasins qu'il a détaillés. Parmi eux, peu de librairies, ce qui signifie pour Downer qu'elles vont devoir se diversifier, mais qu'elles ne seront pas pour autant abandonnées par le public (« Nous pourrions tout acheter en ligne si nous le voulions - mais pourtant nous ne le faisons pas »).

 

Pour cet acteur de la chaîne du livre aussi, le salut passera par le numérique : Downer a cité le site Hive, une plateforme, similaire à Librest en France, qui permet de commander sur Internet puis d'aller chercher son dû dans une librairie indépendante de son choix. Même s'il admet que les fermetures seront encore légion, à force de personnalisation et de services proposés aux clients, Downer envisage un équilibre du marché d'ici à quelques années.