Le jeu vidéo, sérieuse piste pour Hachette, face au “déclin séculaire” du livre

Nicolas Gary - 06.12.2016

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En juin dernier, le groupe Hachette UK annoncé le rachat du studio de jeux vidéo Neon Play. Spécialisé dans la production vidéoludique pour smartphones, cet acteur doit apporter un nouveau souffle économique à l’entreprise. Car l’éditeur britannique ne cachait déjà pas ses intentions quant au développement d’activités numériques prochaines. 

 

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Le directeur de Hachette UK, Tim Hely Hutchinson, l’assurait en effet lors de l’annonce de cet investissement : « C’est un premier pas, et probablement pas le dernier, mais c’est un premier pas pour rendre nos activités plus numériques. » Hachette pris dans les jeux vidéo n’était pas si étonnant : après tout, le studio Ubisoft avait bien annoncé la création d’une maison d’édition sous sa marque. Pourquoi pas le cheminement inverse?

 

De quoi peser autant que le secteur jeunesse, la SF ou la fantasy

 

Dans un récent entretien, Hely Hutchinson est revenu sur l’acquisition de la société de développement de jeux sur mobiles, iOS ou Android : selon lui, le jeu pourrait devenir aussi important, économiquement, que les livres pour enfants, les ouvrages de science-fiction ou de fantasy. Or, si les éditeurs sont encore des amateurs dans le monde de l’application – le directeur étant lui-même incapable de citer le moindre nom, pas même Candy Crush dont le groupe exploite la licence en... livres –, cette économie nouvelle offre de belles perspectives. 

 

Et de préciser que Neon Play comporte des spécialistes du développement d’applications, autant que des game designers... allant jusqu’au marketing et la monétisation. Autant de capacités qui seront précieuses, pour mettre en place une nouvelle stratégie, vis-à-vis du monde applicatif. 

 

Or, si Hachette UK compte tirer son épingle du jeu, dans un univers vidéoludique très concurrentiel, c’est avant tout parce que l’éditeur dispose d’auteurs et de marques de grande valeur. À l’avenir, les jeux « pourraient être une part importante de nos activités, autant que les livres pour enfants, ou la science-fiction et la fantasy », assure Hely Hutchinson. 

 

« Le marché du livre est en déclin séculaire, qu’il s’agisse du modèle imprimé ou numérique, et il est très difficile de gérer des entreprises en déclin pour les faire prospérer, continuer d’être rentables et de préférences, parvenir à de plus en plus de vente et de bénéfices. » Le gestionnaire prévoyant diversifiera donc son modèle économique, et envisagera l’avenir en fonction des opportunités qui se présentent...

 

Les auteurs seront donc amenés à collaborer certainement avec Neon Play – et l’idée est bonne. Si les romanciers avaient sous le coude des projets numériques, il sera plus simple de les mettre en œuvre désormais. Avec la croissance constante que connaît le marché du smartphone, cette perspective est pour le moins reluisante. 

 

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Économiquement, cela passerait par les outils bien connus désormais : achats in-app (avec la taxe que ponctionnent Google, Amazon ou Apple), la publicité ou d’autres. Mais en constatant la capacité des joueurs à faire des dépenses proposées à l’intérieur des jeux, le premier modèle sera certainement déterminant.

 

Dans tous les cas, Neon Play sera pleinement intégré comme une division de la filiale britannique : « Il serait fantastique que la meilleure vente de jeu provienne d’un auteur Hachette, mais il faut être réaliste, et considérer que cela puisse ne pas arriver. »

 

Le studio Neon Play, installé à Cirencester, a été créé en 2010 par Oli Christie et Mark Allen. Neon Play a jusqu'à présent créé plus de 30 jeux, notamment Paper Glider, Flick Football et Panic Traffic London qui ont totalisé plus de 60 millions de téléchargements. Le studio a remporté plus de 20 distinctions professionnelles, notamment le Queen's Award for Innovation et Oli Christie a été nommé Entrepreneur de l'année 2011 aux UK Chamber of Commerce Awards.

 

via The Bookseller