Le kiff du libraire : Harry Potter libéré de Pottermore

Nicolas Gary - 10.01.2016

Lecture numérique - Usages - Pottermore libraires - Harry Potter - livres numériques


Le virage numérique de JK Rowling s’est amorcé en 2011, avec le prélancement de la plateforme Pottermore. Jusqu’à lors réticente à commercialiser ses livres en format numérique, la romancière trouvait finalement une voie inédite. Pottermore allait progressivement concentrer toute l’offre numérique (audio, ebook) autour de l'univers Potter. Et par la suite contraindre l'ensemble des revendeurs à brancher leurs clients directement à la plateforme. 

 

Pottermore_ebooks_vente_libraires

 

 

« Pottermore est un site interactif entièrement gratuit consacré à la lecture des livres Harry Potter », expliquait-on au lancement. Il n'incluait pas immédiatement le tout portail de vente, mais proposait un espace de lecture où retrouver des textes exclusifs, ainsi qu’une partie vidéoludique. En somme, une expérience renouvelée de la lecture numérique interactive

 

La société Pottermore Ltd avait été créé fin 2009, directement intégrée à Companies House, dont l’avocat de Rowling, Neil Blair, et l’agent de Rowling, Christopher Little, ainsi qu’Eric Hartley Senat, ancien vice-président de Warner Bros, étaient administrateurs. Et ce 23 juin 2011, il officialisait pourtant une nouvelle manière de commercialiser des livres numériques : accorder une exclusivité à Sony, qui allait proposer les livres numériques en bundle avec ses appareils de lecture. 

 

La vente directe des œuvres n’est cependant intervenue que l’année suivante, à partir du mois de mars 2012 – date du véritable lancement pourrait-on dire. Et à compter de cette période, tous les libraires furent obligés de signer en renvoyant les acheteurs vers le site avec Pottermore, depuis leurs fiches produits. Interdiction de posséder les fichiers, de se brancher à un entrepôt, ou quoi que ce soit d’autre. Même pour Amazon, oui, oui. 

 

Un raccord obligatoire, pas toujours bien vu

 

D’ailleurs, l’auteure qui avait attiré des millions d’enfants avec l’histoire de son petit apprenti magicien, et généré un chiffre d’affaires délirant en librairie, devait... l’ennemie des libraires. « C’est une nouvelle folie du monde de l’édition numérique qui ne soutient pas les libraires ayant vendu les livres », entendait-on. 

 

Plusieurs gros libraires britanniques s’étranglaient d’apprendre qu’après avoir fait le succès de l’auteure, sa structure nouvelle allait les exclure totalement. Et c’était le même tarif pour les géants du web : tout le monde était logé à la même enseigne. Un coup de force sidérant, qui contrariait également les Éditions Gallimard : « Nous ne savons absolument pas comment cela va se passer. Nous n’avons pas encore été contactés par l’agent de J.K. Rowling. Ce partenariat annoncé [NdR : entre Rowling et ses éditeurs historiques] est complètement mystérieux, et nous ignorons ce qui va en advenir. Et évidemment, l’exclusivité nous pose problème. »

 

« La décision de rendre les livres numériques exclusifs au site a été prise pour s’assurer d’une facilité d’accès sur tous les dispositifs de lecture et pour la plus large communauté possible, mais également pour soutenir cette intention du site d’être une expérience de lecture en ligne », rétorquait un porte-parole de Pottermore. 

 

Mais pour le coup, le monde du livre consterné se demandait si Rowling n’avait pas décidé d’enterrer la librairie avec le sourire. Le tout sans DRM, avec seul un watermarking en guise d’appât pour les clients. 

 

Le contraste était tout de même frappant : une auteure, certes pas n’importe laquelle, avait été en mesure de mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Et bien évidemment, l’intérêt était de capter les données des clients, plutôt que de les laisser aux revendeurs. Voilà trois ans, le site anticipait bel et bien la création de fichiers client et d’une base de données sérieuse. 

 

 

 

Les librairies libérées du joug Pottermore

 

Or, voici que l’accord d’exclusivité semble avoir été abandonné, laissant comprendre que cette toute puissance redoutée n’a fait que s’affaiblir avec le temps. Ainsi, Pottermore est revenu sur ses accords, et permettrait désormais aux eboostores de vendre les versions dématérialisées, sans obligation de renvoi à Pottermore. Le Digital Reader, impatient de se racheter l’intégrale, s’en est rendu compte : une nuance toutefois, Amazon n’aurait, depuis la France, pas encore répercuté ce point.

 

Que ce soit Barnes & Noble, Kobo, ou encore Google Play et Fnac, l’achat de l’ebook se fait directement sur le site du vendeur. Il semble que des libraires comme Decitre, Chapitre.com ou Librairie Dialogues n’ont pas répercuté ce changement. Et Sony alors ? Eh bien non seulement la lecture numérique est devenue la dernière de ses préoccupations, après l’arrêt de commercialisation de ses eReaders (depuis août 2014). Dès février 2014, les clients étaient doucement transférés vers Kobo... Mais surtout, la firme se serait désengagée de Pottermore.

 

Sony devait s’acquitter d’une coquette somme pour être le partenaire exclusif de Pottemore, mais dès lors que les appareils de lecture n’étaient plus en vente, que l’idée même de vendre des ebooks s’évanouissait... à quoi servait de poursuivre cet accord. Selon les analyses que fournit le Digital Reader, 70 % des revenus de Pottermore étaient liés à Sony : en 2014, le site affichait un 14,9 millions £ de revenus, pour 6 millions £ de pertes pour 2015. D’autant que le reboot complet du site en septembre 2015 n’a pas apporté les effets attendus. 

 

 

 

This spread has got to be the best Christmas feast ever! What would you eat first? #hogwartsinthesnow @wbtourlondon

Une photo publiée par Pottermore (@pottermore) le


 

La question justement posée est alors la suivante : les clients, habitués au service d’achat en un clic d’Amazon, confortés dans leurs pratiques avec l’achat direct sur Kindle, totalement indifférent à l’idée de format ouvert ou de standard open source, autrement dit, totalement formatés par l’expérience Amazon, peuvent-ils encore changer ? 

 

Ou plutôt : si Pottermore doit céder sur la vente, en ouvrant les vannes de ses ebooks à tous les vents, cela signifie que même Rowling, pourtant repartie en promotion pour son nouveau livre-pièce de théâtre, n’a pas les moyens de tirer les clients hors d’Amazon. Les clients ne veulent qu’un seul détaillant, pour leurs achats. Et pas question, même pour du Harry Potter, d’ouvrir un nouveau compte et de fournir ses données bancaires ailleurs. Même pour Potter...

 

C’est également une petite perte de plus pour le format EPUB : Sony comptait encore parmi les acteurs historiques du groupe IDPF, chargé d’établir les critères de ce format de livre numérique. 

 


Pour approfondir

Editeur : Gallimard-Jeunesse
Genre : litterature...
Total pages : 311
Traducteur :
ISBN : 9782070643028

Harry Potter t.1 ; Harry Potter à l'école des sorciers

de Rowling, J.K. (Auteur) Jean-François Ménard(Traducteur)

Le jour de ses onze ans, Harry Potter, un orphelin élevé par un oncle et une tante qui le détestent, voit son existence bouleversée.Un géant vient le chercher pour l'emmener à Poudlard, une école de sorcellerie ! Voler en balai, jeter des sorts, combattre les trolls : Harry Potter se révèle un sorcier doué. Mais un mystère entoure sa naissance et l'effroyable V..., le mage dont personne n'ose prononcer le nom.

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