Le Kindle, c'est désormais (aussi) du chinois

Antoine Oury - 17.04.2013

Lecture numérique - Usages - Kindle - Amazon - Chine


Quelques mois après avoir lancé la boutique Kindle sur le territoire chinois, Amazon déploie sa gamme d'appareils en commençant par son produit phare, le Paperwhite. Jusqu'à présent, privés de Kindle, les  clients chinois devaient se contenter d'une application Kindle Reading. Un retard qui serait dû aux spécificités de la législation chinoise, à laquelle la multinationale s'est pliée.

 

 

kindle paperwhite 3G

Un Kindle Paperwhite (yto, CC BY 2.0)

 

 

Pour être vendu sur le territoire chinois, le Kindle devait au préalable obtenir le logo CCC (China Compulsory Certificate), et surtout l'autorisation de 3 entités gouvernementales, requise pour les appareils sans fil. L'aval du ministère de l'industrie et des technologies de l'information chinois, en première ligne, s'avère alors indispensable, contrôle de l'expression et de l'information oblige. Probablement la raison pour laquelle le Kindle Paperwhite n'apparaît pas encore sur Amazon.cn, version chinoise du site de e-commerce.

 

Toutefois, le produit devrait dans tous les cas approcher les côtes chinoises : d'abord, parce qu'Amazon  se manifeste depuis près de 3 ans auprès du gouvernement local, mais aussi parce que le site de e-commerce a déjà déployé quelques offres commerciales annonciatrices. Ainsi, comme ce fut le cas pendant un temps aux États-Unis avec Walmart, Amazon a signé un partenariat avec une centaine de magasins FamilyMart, dans la ville de Shanghaï, pour un service de retrait de colis. Un partenaire qui pourra à l'occasion proposer des appareils de lecture Kindle en boutique, afin de permettre une prise en main d'approche aux clients.

 

Par ailleurs, le Kindle Paperwhite est désormais parfaitement capable d'afficher verticalement, une donnée indispensable pour l'affichage correct des idéogrammes, mais propose également un dictionnaire pour les lecteurs chinois.

 

Si certains prédisent un échec pour la firme, notamment à cause de la large circulation de fichiers piratés et d'une certaine méfiance des éditeurs locaux pour les formats et la distribution numériques (qui pèse pour 1 % des ventes totales de livres), difficile de douter de la puissance commerciale de la multinationale.

 

Le moment idéal

 

Ainsi, bien que sa gamme d'appareils ne soit donc pas disponible en Chine, les ventes de Kindle d'occasion, via eBay, ont dépassé celles de l'acteur local du secteur, Cloudary, et de son lecteur Bambook... Probablement une raison supplémentaire pour le gouvernement chinois de renâcler à l'entrée du géant américain sur le marché.

 

Avant le lancement de la gamme Kindle, Amazon devra d'abord régler un problème de taille : de nombreux éditeurs chinois ont déposé plainte contre le géant, en raison des livres numériques piratés que l'on trouve aisément sur la plateforme de vente. Chen Ken, à la tête d'une maison du groupe China South Publishing & Media Group, explique ainsi, à propos d'un best-seller : « Ils le vendaient à un prix très faible, nous avons donc fait plusieurs commandes à des vendeurs, et de nombreuses versions étaient l'oeuvre de pirates. »

 

Face à la fronde, Amazon a simplement proposé aux éditeurs d'acheter les exemplaires auprès des vendeurs tiers, avant de déposer une requête de retrait en cas de violation des droits d'auteur...

 

S'il parvient à séduire la galaxie des éditeurs locaux, Amazon pourrait mettre la main sur un marché sans comparaison : en 2012, 242 millions de Chinois ont acquis un bien sur Internet, pour un total des liquidités qui avoisine les 1,3 trillion de yens (190 milliards $). Et près de la moitié des acheteurs serait passée par un appareil mobile pour réaliser ses achats, un espace rêvé pour le Kindle Paperwhite avec connexion sans fil...