Le Kindle chez Darty, ou l'histoire de la Belle et du clochard ?

Clément Solym - 22.10.2012

Lecture numérique - Lecteur eBook - Amazon Kindle - Darty - commercialisation


Cela fait partie des plans de développement d'Amazon, que de conclure des accords avec des grandes surfaces, spécialisées ou non, et d'implanter une offre mettant à disposition des clients son lecteur ebook, le Kindle. C'est d'ailleurs comme cela que progressivement, le Kindle s'est retrouvé un peu partout, outre-Atlantique, dans des boutiques à fort potentiel. Comme les supermarchés. 

 

En France, le premier à avoir ouvert la boîte de Pandore, c'est Virgin. À l'occasion d'une belle conférence de presse, le 8 novembre 2011, l'enseigne au V blanc sur rouge - rien ne bouge, mais attention à rouge sur blanc... tout fout le camp, et pour cause - annonçait fièrement la distribution du Kindle. Pourtant, l'idée première était de proposer le Cybook Odyssey, nouvelle mouture à l'époque de Bookeen. Et plutôt que de se montrer un peu vigilant aux politiques commerciales américaines, le V devenu Z de Zéro, se tirait une balle dans le pied avec une commercialisation du Kindle. 

 

 

 

 

Les conditions tarifaires ne sont pas claires, d'ailleurs dans cet accord, mais une chaîne de librairie dont une nouvelle boutique s'est récemment ouverte en région parisienne, nous expliquait avoir été approchée par Amazon, justement pour placer son Kindle. Depuis, la seule chose que l'on peut en dire, c'est qu'il court, il court, après le Furet, le cybermarchand d'Seattle...

 

Or, voilà qu'une autre grande surface, spécialisée dans les produits technologiques grand public, Darty, annonce dans LSA que prochainement, le Kindle sera mis en vente. Et ce, dès le 25 octobre. Dans le communiqué, évidemment, Jorrit Van Der Meulen, président Kindle Europe est tout de joie : « Grâce à ce partenariat avec l'un des plus grands distributeurs en France, les clients Darty vont avoir accès au tout nouveau Kindle, ainsi qu'à plus d'un million de livres numériques dont 70 000 titres en Français. » Mais ce qui est plus étonnant, c'est que Darty aussi semble à la fête, ravi de « de pouvoir présenter la famille Kindle dans l'ensemble des 228 magasins et sur Darty.com, élargissant ainsi le choix de produits proposés ». 

 

Mince. Cela ne signifie pas que l'on verra disparaître les offres d'Archos, de Sony ou de Bookeen des magasins Darty. Juste que c'est manifestement la crise, et qu'il vaut mieux ouvrir le plus possible sa gamme de produits, quitte à faire entrer le loup dans la bergerie. Et lui apporter un couteau qui tranche. 

 

C'est Darty, mon kiki (de tous les kikis)

 

Cependant, pour faire bonne figure, Darty masque un peu le produit, ne faisant pas trop apparaître qu'il appartient à Amazon, et que désormais, le revendeur français commercialise l'appareil de lecture numérique. Car impossible de ne pas savoir que de l'autre côté de l'Océan, Wal-Mart a décidé de mettre un terme à la commercialisation dudit Kindle, dès que les stocks seront épuisés. Si dans les faits, le porte-parole assurait que c'était pour continuer de garantir des prix bas aux clients, la réalité était plus crue : la rue se venge de ce marchand qui fait tout pour qu'elle coule. 

 

Et c'est la conclusion à laquelle Darty ne manquera pas d'arriver, tout comme Virgin a pu la faire récemment. Personne ne veut officiellement connaître que la commercialisation du Kindle fut une erreur, mais en off, les langues se délient plus facilement. Sous couvert de conditions tarifaires prétendûment attractives, « on a clairement merdé », nous confie-t-on. Il fallait faire rentrer de l'argent, pour sauver un bateau qui prend doucement l'eau, au point d'ailleurs que la figure de proue des Champs-Élysées va fermer. Voilà un an, le choix était-il judicieux ? Pas vraiment.

 

Or, du côté de Darty, la décision est tout aussi incompréhensible que celle prise par Virgin. Darty dispose en effet d'un ebookstore depuis maintenant le mois d'août 2010. En commercialisant le Kindle d'Amazon, il ne pourra pas vendre un seul livre numérique depuis son portail, et pour cause : acheter Kindle, c'est entrer dans l'écosystème Amazon, et ne pouvoir se procurer d'ebooks qu'au travers de la plateforme de vente Amazon. En somme, c'est faire une croix sur toute forme de liberté de choix, du marchand et d'achat : le verrouillage parfait, et la prison dorée, tout auréolée d'applications pour donner l'illusion de la liberté de lire.

 

Preuve en est, d'ailleurs, si Virgin avait communiqué - du bout des lèvres, certes - sur des ventes du Cybook Odyssey, « deux fois supérieures » aux prévisions, pas un mot, pas un seul, sur les ventes de Kindle. Xavier Garambois, PDG d'Amazon France exultait pourtant sur des résultats de vente, au global dans le pays : « Ces premiers résultats confortent notre conviction que la lecture sur livre électronique va se démocratiser en France, et favoriser non seulement la découverte d'auteurs consacrés, mais aussi de nouveau. » Quant aux chiffres, certains les attendent encore, paraît-il...

 

Concurrence bien ordonnée commence par...

 

Dans le même temps, Fnac a invité la presse à une présentation de la tablette Kobo Arc demain, appareil sous Android entre 8 et 16 Go, qui profitera de l'offre Kobo by Fnac. Advienne que pourra. Serge Papin, grand patron de Système U se faisait la réflexion, début octobre, dans une série de tweets. Il évoquait la concurrence du cybermarchand sur du gros électroménager :

 

 

  

 

 

Un réalisme cru, alors que la concurrence avec un tel géant de la distribution dématérialisée devient plus que compliquée, contraignant à une innovation qui pousse dans les retranchements. Dans le même temps, les établissements Casino avaient lancé également la vente du Kindle, chose que ne fait toujours pas Système U... On résiste, jusqu'à ce que l'on soit contraint et forcé ?