Le livre confronté au péril du numérique

Victor De Sepausy - 23.03.2013

Lecture numérique - numérique - chaîne - livre


C'est à l'initiative de la Direction de l'information légale et administrative (DILA) que s'est tenue vendredi 22 mars une conférence autour de la formule « Le livre au péril du numérique ».

 

Réunissant l'économiste Françoise Benhamou, professeur à l'université de Paris XIII, Olivier Renault, libraire à Paris et Philippe Terrancle, directeur délégué des éditions Privat, ce temps d'échange a permis d'interroger les évolutions que connaît l'édition depuis l'arrivée du numérique.

 

Le numérique : une remise en cause de la chaîne du livre

 

Pour l'économiste Françoise Benhamou, ce qui est en danger, avec le développement du numérique, c'est la chaîne du livre telle que nous la connaissons aujourd'hui. Il est d'ailleurs, sur ce point, intéressant de noter l'absence d'Amazon et de Google au Salon du livre de Paris malgré la place grandissante occupée par ces deux géants du web sur le marché du livre.

 

Françoise Benhamou évoque un premier paradoxe : le numérique, très important dans les préoccupations de tous représente, en même temps, un pourcentage très faible du chiffre d'affaires de l'édition. Le livre numérique ne décolle que très peu en France.

 

Le passage au numérique pose la question du texte, de son élaboration, mais aussi de son support. D'abord, on pensait que seuls les livres utilitaires iraient vers le numérique, mais pas les œuvres de fiction. Or, les chiffres américains du marché du livre numérique ne donnent pas raison à cette analyse.

 

Le numérique questionne aussi la propriété (peut-on revendre un livre numérique ?), le rapport au livre, à l'auteur. Il bouleverse également l'offre, avec la possibilité de faire renaître des textes qui n'étaient plus édités.

 

L'édition ne doit pas manquer le train du numérique

 

Quel avenir alors pour la chaîne du livre ? Le livre numérique pourrait devenir la forme initiale de publication et le papier, ne se ferait qu'à la demande : un renversement en fait de la situation actuelle. C'est aussi à comparer avec ce qui se passe dans la presse, où l'on remarque le développement de modèles hybrides (du papier et du numérique).

 

Pour l'instant, en Europe, le développement du numérique reste bridé par des prix de vente très élevés (un différentiel de l'ordre 20 % avec l'édition papier) et la volonté aussi de protéger un réseau très vivant de librairies indépendantes.

 

Pour l'éditeur Philippe Terrancle, il s'agit de ne pas passer à côté du train. Sa petite maison d'édition (dix employés) s'est donc adaptée aux impératifs du numérique. Mais, pour l'instant, les ventes d'ouvrages numériques représentent une infime partie du chiffre d'affaires de Privat (moins de 1500 € sur 2012…). Les livres les plus vendus au format numérique ne contiennent que du texte. Le seul livre d'images qui s'est bien vendu l'a été par l'intermédiaire d'Apple.

 

L'éditeur forme son personnel, avec notamment le prêt de liseuses pour tester la lecture des ouvrages maison. Philippe Terrancle cherche aussi à utiliser les supports dématérialisés pour rendre certaines de ses publications plus attractives, avec des applications couplées à l'édition papier, en faisant jouer la géolocalisation.

 

 

Le numérique fragilise la librairie indépendante

 

Enfin, Olivier Renault, libraire (L'arbre à Lettres à Paris), avoue n'avoir pas peur du livre numérique. Il s'y intéresse même beaucoup. Il propose d'ailleurs l'achat de livres numériques via le site de sa librairie, en plus de la possibilité de mettre de côté des livres physiques.

 

Mais il reconnaît aussi que le livre numérique fragilise son métier. Le réflexe du lecteur, pour aller acheter des livres numériques, ce n'est pas sur le site des petits libraires, mais sur ceux des grands acteurs d'Internet. Les libraires se retrouvent alors hors du circuit.

 

La fréquentation des librairies baisse dans le même temps, même si le panier moyen reste stable. Olivier Renault explique assez simplement le phénomène : on passe beaucoup de temps devant les écrans et il paraît très simple d'aller faire un tour sur des sites d'achat en ligne plutôt que de se déplacer.

 

On fait ainsi tout en même temps. Mais cet acte, en apparence anodin, modifie pourtant en profondeur notre environnement. Sans les commerces de proximité, il n'y a plus de vie dans les centres villes. Et l'on n'a plus que de grandes enseignes, partout, toujours les mêmes…Il faut aussi choisir dans quel monde on veut vivre…




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