Le livre de demain à la conférence Tools of Change de New York

Clément Solym - 17.02.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Tools of Change - edition - librairie


 À la conférence Tools Of Change 2012 qui s'est achevée le 15 février, éditeurs, libraires, bibliothécaires... ont confronté leurs idées pour le futur du secteur. Retour sur les longs débats entre les acteurs du livre.

 

LeVar Burton (directeur de Reading Rainbow, publication de contenu multimédia pour enfants) ne pouvait pas trouver mieux comme entrée en matière. À l'occasion d'un discours sur le rôle de la lecture pour les plus jeunes (la question des formats avait longuement été évoquée, voir notre actualitté), il évoque le pouvoir du « si ». « Et si », deux mots qui parlent d'imagination, mais aussi de risque : du courage de faire un pas vers des solutions nouvelles. Sa vision d'un monde totalement nouveau qu'il aimerait « voir apparaître et explorer » comprend des avancées tant pour la bibliothèque que pour les éditeurs et les libraires.

 

Renouveler le partenariat bibliothèque/ éditeur ?

 

Barbara Genco, de Library Journal's, martèle que le marché des bibliothèques est tout à fait prometteur pour les éditeurs. « C'est un géant endormi » estime-t-elle, un énorme potentiel à saisir. Les lecteurs les plus assidus des bibliothèques aux États-Unis constituent une base de clientèle fidèle. Un lecteur emprunteur est bien souvent, dans la plupart des cas, un acheteur. Elle rappelle aux éditeurs 'papier' que la rencontre doit pouvoir se faire.


 

La frilosité n'est plus de mise, puisque les ventes papier bénéficieraient aussi selon elle des emprunts d'ebooks en bibliothèques... Encore faut-il fournir des ebooks à l'emprunt, autre sujet controversé, dans le cadre de l'annulation du partenariat entre Penguin books et Overdrive (voir notre actualitté ). Il serait temps de comprendre que les lecteurs de livres numériques n'ont pas systématiquement contracté d'allergie au papier.

 

Overdrive et Penguin ont beaucoup fait parler d'eux. Peter Brantley (propriétaire de Bookserver Project at Internet Archive)dénonce la fin de leur collaboration comme un « retour en arrière » et des dommages collatéraux pour les bibliothèques dans cette guerre des éditeurs contre tous. Il en a profité pour tacler Amazon pour le rôle qu'il a joué dans cette débandade.

 

Des projets innovants pour les libraires indépendants

 

Pour Praveen Madan, directeur de la librairie Booksmith à San Francisco, si autant de libraires indépendants ont dû mettre la clé sous la porte, c'est en raison d'un manque flagrant de compétitivité. Il entend contribuer à changer le modèle de fonctionnement des librairies indépendantes. Il parle de mettre en place des rencontres et événements littéraires dans les librairies, dans le cadre d'une organisation à but non-lucratif.

 

Le projet Kepler 2020 (« les librairies du futur ») mise sur les nouvelles technologies et notamment sur les ebooks et les lecteurs appropriés pour engendrer un trafic et assurer une meilleure circulation des titres. Pour le directeur de Booksmith, vendre des ebooks et des lecteurs est même vu comme un pas vers la progression du secteur. Madan évoque même, dans l'effarement total de ses confrères, la possibilité d'un partenariat avec Amazon (il avait déjà déclaré qu'il serait « très heureux de pouvoir vendre ou donner des Kindle, et vendre des ebooks » dans sa librairie).

 

Sur la pratique du showrooming, par exemple (naviguer entre les librairies dans le but de comparer les prix pour finalement acheter sur Internet), a été évoqué comme un faux problème pour ce libraire : il vaut mieux avoir cette relation avec le client qu'aucune relation. « Ces personnes restent des clients potentiels », affirme Praveen Madan, lucides sur l'improbable disparition de l'auto-édition et d'Amazon.

  

Les libraires appellent les développeurs à une amélioration des supports catalogues, pour offrir « une image plus fidèle des fonctionnements de l'édition et de la vente des livres » à l'heure actuelle.