L'essor numérique en Bolivie, tant d'espoirs pourtant

Nicolas Gary - 15.06.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Amérique latine - livre numérique - distribution coûts


 Partout sur la planète, l’évolution numérique préoccupe les éditeurs. Avec la possibilité de réduire les coûts de vente, et ceux de production, la Bolivie y voit également une solution pour dépasser les contraintes. De quoi résoudre une partie des problèmes de diffusions dans le pays, où la lecture n’est pas un divertissement de première importance.

 

Wall - E en La Paz, Bolivia.

Haceme un 14, CC BY ND NC 2.0

 

 

Qui lit peu, peu achète, c’est tragique. Et par conséquent, les éditeurs vendent peu – et moins encore à l’étranger. Si les auteurs boliviens trouvent peu d’échos dans leur propre pays, ils n’en ont que moins encore à l’étranger. Le numérique représente alors une alternative, très attendue. Le coût de déplacement d’un ouvrage imprimé est trop élevé pour réaliser des investissements hasardeux. La prise de risque s’en retrouve d’autant limitée. 

 

Quand un client de librairie achète un ouvrage, la moitié de la facturation couvre les frais de transport, les procédures douanières, les assurances et autres coûts. Il en va de même pour tout livre circulant au sein de l’Amérique latine. 

 

Pour Ernesto Martinez, dirigeant de la librairie Martínez Acchini de La Paz, « le livre numérique est la solution. Le grand avantage de la technologie numérique est de rendre les auteurs boliviens accessibles à l’extérieur du pays, parce que les nouveaux outils nous permettent de dépasser les obstacles logistiques ». Devenu l’un des nearly adopters de ces solutions, il distribue donc en numérique les catalogues disponibles.

 

On se souviendra qu’il s’agissait précisément de la stratégie d’Amazon en Russie, et d’autres acteurs, qui privilégiaient en effet le numérique. Dans des pays aussi vastes, la vente d’ebooks est à privilégier, pour ne pas s’embarrasser avec des contraintes de logistique. Les infrastructures dans les zones rurales sont très limitées et la vente de livres papier nécessitera de lourds investissements, notamment pour l’approvisionnement et la distribution.

 

D’ailleurs, au Brésil, si le numérique représente encore un chiffre d’affaires modeste de 16,7 millions de réaux en 2014 (0,3 % du CA de l’édition nationale), la stratégie numérique prend largement en compte les difficultés logistiques. 

 

Ebook, le salutaire numérique en Bolivie?

 

Les éditeurs autant que les auteurs comptent sur l’initiative de Martinez, tout particulièrement. Ils ont déjà souscrit aux contrats des grands acteurs américains, mais un opérateur local, cela ne fait pas de mal. La Hoguera, Gente Común, 3.600 et Plural, ainsi que des auteurs indépendants ont adhéré à la plateforme, de bon cœur.

 

Pour l’heure, le livre d’Enrique Ipiña, Memorias de un soldado de la Guerra del Chaco, est le grand succès dématérialisé. Avec des progrès encore à réaliser pour la constitution de fichiers : l’automatisation est de mise, pour accélérer les processus, mais nécessite des vérifications, pour corriger les erreurs les plus flagrantes.

 

Bien entendu, les ventes sont encore balbutiantes, mais au moins, se réjouit-on, tout auteur peut trouver un public de langue espagnole, partout dans le monde. Les résultats, quantité négligeable en Bolivie, rendent également difficile l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché. Le directeur de Plurial, José Angonio Quiroga avait tenté de s’aventurer dans le livre numérique, mais les investissements et les retours sont encore trop inégaux pour assurer une vente à des tarifs attractifs. 

 

D’ailleurs, le pendant de ce constat est que le taux d’équipement n’incite pas à l’optimisme, sinon forcené. Très peu de lecteurs sont pourvus d’un appareil de lecture, et Quiroga lui-même confesse disposer d’un lecteur ebook, mais ne pas s’en servir. 

 

Les étudiants, toujours l’une des pistes de développement les plus citées dans les pays au marché émergent, s’emparent progressivement du format. Avec toutefois une croissance constatée, du moins redoutée, du piratage de livres. L’expansion de l’ebook au sein de la Bolivie passera donc par la résolution d’une habile équation entre ces différentes données. 

 

Le tout contraint par le commerce en ligne, qui ne favorise pas les actes d’achats immédiats, du fait des multiples vérifications qui s’opèrent avec la banque. Et pourtant, il ne faut pas abandonner, reconnaissent éditeurs, auteurs et libraires... (via La Razon)