Le livre numérique en France : anticiper "un changement majeur" (CAS)

Clément Solym - 20.03.2012

Lecture numérique - Usages - offre numérique - développement - France


Le Centre d'Analyse stratégique (CAS) vient de publier, en partenariat avec le Centre national du livre, une série de trois notes d'analyse sur les moyens de développer en France le livre numérique, en « préservant la chaîne de valeur du livre et la diversité éditoriale de l'édition française ».

 

Rattaché à Matignon, le CAS observe de façon liminaire que le livre numérique n'a « pas décollé en France», l'estimant autour de 1% du marché, contre 15 % aux États-Unis et 10 % en grande Bretagne. Observant cependant la hausse des ventes de tablettes (450 000 vendues en France pour le seul mois de décembre 2011), le CAS estime qu'« un changement majeur est sur le point de se produire » et que « le livre numérique va bousculer la chaîne traditionnelle du livre et ses acteurs ». 



 

Petit passage en revue des propositions du CAS :

 

Pour les auteurs et les éditeurs, le CAS établit cinq pistes de réflexions : 

  • « Réunir éditeurs et distributeurs de livres numériques afin de créer une réelle interopérabilité des fichiers entre les différents modèles de tablettes et de liseuses ». Un joli voeux, qui implique de convaincre Apple, Amazon et Google, Barnes & Noble et consorts de s'assoir autour de la même table avec les auteurs. On peut rêver.
  • « Lancer une concertation avec les éditeurs en vue de fixer un taux limite de remise sur l'édition numérique d'un livre par rapport à son édition papier. » L'idée a déjà été évoquée par nombre d'acteur et devrait raisonnablement aboutir.
  • « Réunir les acteurs de l'édition et de la distribution du livre pour aboutir à un regroupement de la distribution française du livre numérique autour d'une plate-forme unique ». Cela rappelle étrangement, fut-ce indirectement, le mort-né projet Mille-et-un-libraires. Ou plus directement Iznéo. Deux échecs, alors que la bataille fait rage entre distributeurs concurrents.
  • « Former un groupe d'enseignants et d'inspecteurs de l'Éducation nationale experts sur le manuel scolaire numérique afin d'orienter les éditeurs vers les dispositifs les plus prometteurs en termes d'apprentissage »
  • « Prévoir une annexe dans le contrat d'édition détaillant clairement toutes les dispositions relatives à l'exploitation numérique de l'œuvre cédée. Dans le cas du livre enrichi, prévoir un contrat séparé ». Encore faut-il que ledit contrat prévoit une clause sur le numérique, comme l'a relevé le baromètre de la Scam sur les relations auteurs-éditeurs.

Pour la librairie, le CAS propose quatre axes : 

 

Avant de relever que l'alignement de la TVA du livre numérique sur celle du livre papier, plutôt que de  lui être supérieure (ce qui aurait été néfaste) profite malgré tout essentiellement aux éditeurs. « C'est un choix industriel à moyen et long termes qui a été opéré », relève le CSA.

  • « Mettre en place un comité comprenant les collectivités locales, chargé de faire un bilan complet de l'exonération de Contribution économique territoriale pour les librairies labellisées ».  
  • « Soutenir et étendre la politique de stratégie multicanal (c'est-à-dire à la fois en magasin et sur le web) auprès des librairies traditionnelles, pour éviter une fuite de la clientèle vers les géants du web, faute d'offre alternative sur Internet. Renforcer la politique de formation au métier de libraire avec l'appui du CNL ». Une idée pertinente, compte-tenu du nombre de libraires peu au fait de la nécessité de stratégies marketing au sein de leur entreprise.
  • « Soutenir la mutualisation des librairies qui souhaitent commercialiser, à des conditions avantageuses, des œuvres du patrimoine numérisées par la BNF, en particulier les ouvrages indisponibles ».
  • « Engager les Directions régionales d'action culturelle et les Centres régionaux du livre dans un programme de financement régional de centres d'impression à la demande, avec formation de nouveaux métiers à la clé ». 

Enfin, pour les bibliothèques publiques, dont le CSA relève la grande diversité des natures, 2 propositions (mais pas les plus courtes) : 

  • « Examiner avec les éditeurs les conditions économiques d'achat de livres numériques par les bibliothèques publiques. Renforcer pour cela la mission de la Bibliothèque publique d'information (Bpi) d'aide aux bibliothèques publiques dans la constitution, le développement et la promotion de leurs collections numériques. » Ce qui implique d'abord une définition claire des conditions de vente de livres numériques. 
  • « Dans la continuité de la mission actuelle de l'IGAC et sur la base de ses conclusions, créer un groupe de travail piloté par le ministère de la Culture et de la Communication pour établir des propositions opérationnelles sur l'évolution de la bibliothèque publique (public, collection, agencement des locaux). Composé de bibliothécaires, d'experts du livre et de la lecture et d'élus locaux, il formulerait des recommandations pratiques sur le rôle des bibliothèques dans la vie de la cité, dans l'accès à la connaissance et la transmission des savoirs, parmi les médias d'information, de culture et de divertissement. S'appuyer sur le Centre national du livre dans la mise en œuvre de la politique de numérisation, de diffusion, de valorisation et de promotion de l'écrit numérique, qu'il soit patrimonial, littéraire ou informatif. »

 

Sur ce dernier point, on pourra également se référer aux conclusions de l'étude « Pratiques d'achat, usages et attentes en matière de livres électroniques dans les bibliothèques » du SerdaLAB. Virginie Boillet, directrice de l'étude précisait ainsi : « La recherche est numérique, avec une phase de substitution plutôt que de doublonnage des titres papiers ». 59 % des bibliothèques de recherche interrogées achètent en numérique depuis au moins 3 ans, avec un catalogue de 7000 titres en moyenne : la moitié des établissements propose entre 50 et 2000 titres numériques. (voir notre actualitté)