“Le livre rejoindra Hadopi comme toutes les industries culturelles" (SNE)

Clément Solym - 16.11.2012

Lecture numérique - Usages - Syndicat national de l'édition - piratage de livres - contrefaçon numérique


À l'occasion des Assises du numérique organisées le 8 novembre par le Syndicat national de l'édition, nos confrères de Edition Multimédi@ ont grapillé d'intéressantes informations. Si la lutte contre le piratage vient de prendre un nouveau tournant, suite à la plainte déposée contre la Team AlexandriZ, le SNE entend bien poursuivre sa campagne.

 

À ce titre, le président Vincent Montagne a expliqué que deux outils, proposés par de célèbres prestataires des technologies anti-piratage, seront proposés aux membres du Syndicat. Ils seront recommandés « d'ici début 2014 à nos éditeurs adhérents. Chacun sera ensuite libre de signer un contrat avec l'un des deux et nous aurons, au SNE, les remontées des résultats des dispositifs », précise-t-il. 

 

 

Pirates of the Caribbean: Curse of the Black Pearl

 Jenn and Tony Bot, (CC BY-NC 2.0)

 

 

Les deux acteurs seraient en l'occurrence Attributor, à qui Hachette a déjà confié la surveillance de ses livres numériques sur la toile, ainsi que Hologram. La première aura pour mission de traquer les contrefaçons selon un jeu de mots-clefs et de méta-données. L'autre s'occupera du marquage des fichiers. Contacté par ActuaLitté, le SNE relativise : « Les prestataires ne sont pas encore connus. Les solutions sont encore à l'étude et rien n'a encore été décidé. Nous pourrons annoncer une décision avant Noël. »

 

Par la suite, c'est une « procédure automatisée de notification et retrait des contenus illicites » qui verra le jour, avec l'établissement d'une liste, pour recouper les réseaux et sites actifs dans le domaine. Là encore, le Syndicat souhaite nuancer : « Nous proposons bien des lettres types à nos membres, pour leur faciliter la vie, quand ils détectent leurs livres sur des sites pirates. Pour ce qui est de la liste, nous n'allons pas la constituer : ce sont les éditeurs qui proposent une liste de titres à surveiller, et nous ne fabriquons pas une liste noire des sites. »

 

Pour Christine de Mazières, déléguée générale du SNE, cette solution est préférable à l'entrée dans l'Hadopi, trop coûteuse. Antoine Gallimard, en mars 2011, tenait déjà ce discours, estimant que recourir à Hadopi est « relativement coûteux », pour « un petit marché ». Il vaut mieux privilégier le côté pédagogique, éducatif et surtout des systèmes de tarifs qui soient attractifs, sans jouer trop le jeu des marchands, avait-il assuré à ActuaLitté en marge du Salon du livre, l'an passé. 

 

Et Christine de Mazières, citée par nos confrères, de poursuivre : « Cela représenterait un investissement de 1 et 2 millions d'euros pour rejoindre le dispositif de l'Alpa (Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle, ndlr), comme l'avait fait la musique. » Une somme trop importante, alors que le marché du livre numérique, s'il a doublé en termes de consommateurs, en France, reste encore peu important.

 

Le Baromètre présenté durant les Assises en faisait bien état : 

La lecture de livres numériques a augmenté de manière significative en seulement six mois : 14% de la population française âgée de 15 ans et plus déclare avoir déjà lu, en partie ou en totalité, un livre numérique. C'est plus du double qu'il y a six mois, à périmètre constant.
La proportion de personnes interrogées qui n'envisagent pas de lire un livre numérique a diminué sensiblement, 78% contre 90% il y a six mois, mais elle reste importante.

 

Cependant, les ventes ne sont toujours pas au rendez-vous, et ne décollent pas vraiment. Dans son rapport d'activité 2011, le SNE notait ainsi 

Les revenus de l'édition numérique sont en hausse de +7,2 % de 52,9 à 56,8 millions d'euros. L'édition numérique ne représente encore que 2 % du chiffre d'affaires des éditeurs en 2011. Elle voit s'accélérer la substitution du numérique sur support physique par le numérique en ligne. Ainsi, le livre numérique sur support physique, en recul à 21,5 millions d'euros (- 38,5 % ), est dépassé pour la première fois par le livre numérique en ligne, qui double ses ventes à 34,8 millions d'euros (+98%), représentant 1,2% du chiffre d'affaires de l'édition en 2011.

Au chiffre d'affaires de 56,8 millions d'euros de l'édition numérique stricto sensu (hors revenus de diffusion numérique) s'ajoutent les ventes d'applications de lecture sur smartphones et tablettes, qui augmentent rapidement (+129,3 %), mais ne représentent encore que 800 000 € euros de chiffre d'affaires pour le panel numérique du SNE. (voir notre actualitté)

 

Le Syndicat apporte toutefois d'autres nuances aux propos de nos confrères. « Nous étudions effectivement des solution de lutte contre le piratage, mais notre propos est plutôt de mutualiser les coûts, parce que les procédures sont en effet lourdes et chères. L'idée est donc de contracter avec des prestataires pour proposer les services, à moindre coût, pour nos membres. En soi, le SNE ne va pas lutter contre le piratage, plutôt offrir un conseil : d'abord en permettant à nos adhérents d'accéder à un outil de lutte qui ne soit pas trop onéreux, ensuite, en bénéficiant d'une assurance de la qualité de la prestation. Il arrive que les petites maisons sont contactées par des prestataires, et qu'elles soient un peu débordées par les propositions qui sont faites. Ici, nous apposerons un certain gage de sérieux et une sécurité pour nos membres. »

 

Du reste, l'entrée dans l'Hadopi ne semble pas écartée pour tout le monde. Ainsi, Isabelle Ramond-Bailly, directrice déléguée en charge des Affaires juridiques du groupe Editis et présidente de la commission juridique du SNE, estime pour sa part que l'édition s'y rangera, à un moment ou un autre : « C'est une question de temps ; le livre rejoindra l'Hadopi comme toutes les industries culturelles ».

 

Une certaine dissonance, constatera-t-on, mais nous n'avons pas réussi à joindre l'intéressée pour qu'elle confirme ces propos. Le tout est de savoir comment Hadopi sera traité dans les mois à venir par le ministère de la Culture.