Le marché du livre échappe aux acteurs traditionnels

Clément Solym - 17.02.2014

Lecture numérique - Usages - livres numériques - industrie de l'édition - vente de livres


L'étude du cabinet Pew Research, présentée mi-janvier, indiquait que 4 % des lecteurs américains ne lisaient plus qu'en format numérique. L'adoption des tablettes était l'un des facteurs principaux de cette évolution, alors que 28 % des adultes s'étaient offert une incursion dans le monde de l'ebook, contre 23 % en 2012. Mais si l'évolution du chiffre d'affaires des grands groupes montre l'installation du format ebook - plus de 10 % du CA pour Hachette Livre au niveau mondial - ces 4 % ont de quoi nous parler un peu plus des réelles tendances. 

 

 

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Studio Roosegaarde, CC BY 2.0

 

 

C'est que l'industrie du livre, comme on peut le lire sur Yahoo!, ne meurt pas, mais au contraire, poursuit un essor dans lequel l'ebook a plus que sa part à prendre. Au cours des cinq dernières années, de par les fermetures à répétition des librairies aux États-Unis, les ventes de livres imprimés ont chuté de 22 % dans les établissements. La chaîne Borders s'est effondrée, Barnes & Noble chancelle et tarde à redresser la tête. Mais dans le même temps, les ventes de livres, depuis 2008, ont augmenté fortement - avec un chiffre d'affaires qui se déplace du monde physique, vers l'univers des cybermarchands.

 

Pour 2012, selon le rapport de l'Association of American Publishers, les ventes en lignes et physiques avaient rapporté 15 milliards $, soit 15 % de mieux qu'en 2008. Et sur cette même période, on est passé de 68 millions $ de ventes en ebook, contre 3 milliards $ en 2012. En somme, sans les ventes au format numérique, les ventes totales de livres auraient diminué de 8 %. Dont acte. 

 

Surtout que ces chiffres n'intègrent absolument pas les évolutions liées à l'autopublication, et le succès, probablement sous-estimé, si l'on se fie aux analyses faites par la super star Hugh Howey. Amazon a affirmé que 25 % de son Top 100 des meilleures ventes est issu du catalogue des auteurs indépendants. Howey enfonçait le clou, en démontrant que les auteurs indépendants étaient finalement plus efficaces que l'ensemble des grands groupes éditoriaux américains. Ainsi, dans le domaine de la fiction, ne représenteraient que 28 % des ventes, contre 35 % pour les auteurs indépendants. 

 

Si l'on regarde le détail des ventes chez les grands éditeurs, 17 % des ventes chez HarperCollins sont numériques, l'an passé elles étaient de 14 % et voilà 5 ans, elles étaient nulles. Chez Hachette Books, ce sont 33 % des ventes, et pour Simon & Schuster, elles se montent à 23 %. Dont acte, bis.

 

 

 

 

Si l'on se souvient des propos de Jeff Bezos, on comprend mieux la tendance. Les propriétaires de Kindle achètent plus de livres quand ils se sont équipés d'un appareil, qu'ils n'achetaient de livres imprimés. La lecture est plus rapide, l'alimentation en ouvrages plus efficaces, et pas besoin de se déplacer… Et une fois encore, le développement, outre-Atlantique, des tablettes, montre que le secteur de l'ebook, quel que soit l'acteur, n'en finira pas de sitôt de croître. Et surtout, en l'absence des chiffres de vente liés à l'autopublication , chez Amazon, Barnes & Noble, Kobo et consorts, montre que l'on est encore loin de savoir réellement ce que peut être le marché numérique.

 

En réalité, ce que l'on constate est simple : le marché du livre n'a jamais aussi bien fonctionné, l'offre n'a jamais été aussi abondante. C'est plus clair en disant que le marché du livre n'a jamais autant échappé à ceux qui, auparavant, le contrôlaient.