Le moteur IA de Google pourrait écrire ses propres romans d'amour

Nicolas Gary - 05.05.2016

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Google saura bientôt tout faire : les voitures autonomes avançant à belle vitesse, un autre projet, plus ancien, revient à la charge. Pour donner plus de conversation à ses applications et autres logiciels, Google a fait ingérer à son moteur AI 2865 romans d’amour. De cette manière, la machine a pu améliorer sa compréhension de la langue anglaise, et perfectionner ses capacités de réponses. L’ingénieur Andrew Dai qui œuvre à cette réalisation piaffe d’impatience.

 

 

 

Pourquoi des romans d’amour ? Simplement parce qu’ils suivent la même trame narrative globale : de la sorte, le moteur a pu se concentrer sur les nuances linguistiques, sans avoir à se casser les bits sur les intrigues. La firme est en effet à la recherche de solutions qui aboutiront à ce que les services de Google fournissent des réponses intelligentes à des questions posées, ou des demandes. 

 

Cette approche est commune chez les structures high-tech. Microsoft avait manifesté les mêmes aspirations avec son robot TAY, lancé sur Twitter. Cette représentation d’une adolescente de 19 ans devait simplement répondre à des questions, de façon naturelle. Mais avec la malice de quelques internautes, elle s’est changée en machine raciste, négationniste et flippante.

 

Alors, que dire de cela ?

Sil s’en souvenait ? Évidemment ! La photo était même gravée dans son cerveau depuis que Brett avait posé le magazine sur son bureau deux semaines plus tôt. Sur ce cliché, Rachel posait, alanguie sur une couverture de fourrure. Vêtue d’un soutien-gorge de dentelle rouge dont une bretelle avait glissé, elle fixait l’objectif d’un regard coquin, un doigt sur sa bouche sensuelle. Sa longue chevelure couleur de jais était en désordre, et son rouge à lèvres brillait comme si elle venait d’embrasser un homme. Rencontre sulfureuse, Lori Borrill (trad. Isabelle Donnadieu, Harlequin)

 

 

 

C’est ce type de littérature que l’on a donc fait ingérer à Google durant des mois, explique Andrew Dai. L’amélioration des technologies de l’entreprise passait par l’analyse de ces textes d’amour. Avec ces milliers de lectures emmagasinées, l’intelligence artificielle est en mesure de créer des repères à partir d’un éventail de termes et d’expression très large.

 

Pourtant, nourrir Google de la sorte n’est pas simple : le programme informatique est en mesure d’apprendre par lui-même, si on lui apporte la matière. Cela ne signifie pas qu’il soit intelligent en soi : il a démarré comme un enfant, sans aucune connaissance, et seule l’accumulation de données a pu lui apporter des orientations. Le moteur AI de Google effectue alors un étalonnage progressif ; il reproduit et répète sans fin, au point de réécrire des phrases entières, toujours sur le modèle qu’on lui a donné. 

 

Théoriquement, souligne Andrew Dai, le moteur serait alors en mesure d’écrire son propre livre de romance, pris dans les limites des données qu’on lui a fait avaler. Pour l’instant, aucune preuve ni démonstration de ses capacités ne sont prévue. Et fort de l’aventure TAY de Microsoft, Google compte garder la bride très serrée, pour ne pas subir les mêmes avanies. « Espérons qu’avec ces travaux, et que ceux à venir, le moteur sera plus en mesure d’avoir de la conversation, et déploiera un ton plus riche, ou un style. »

 

Stormy Romance

JD Hancock, CC BY 2.0

 

 

Et dans une époque où l’on produit et vend des robots-femmes, destinés à être des partenaires sexuels, comment ne pas s’interroger sur l’histoire d’amour que le moteur pourrait vivre ? Nourri avec des histoires d’amour, et finalement capable, théoriquement, de formuler des réponses et de composer des phrases, serait-il possible qu’on en tombe amoureux ?

 

Dai a une réponse toute prête : « Il y a une histoire grecque ancienne, celle d’un gars qui construit la statue de la plus belle femme. La statue est même plus belle que toute autre femme, et en en tombe amoureux. Si vous pouvez tomber amoureux d’une statue, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas tomber amoureux d’un réseau neuronal reposant sur des histoires d’amour. » La légende du sculpteur Chypre Pygmalion et de Galatée, statue d’ivoire, ne s’arrête cependant pas en si bon chemin : la statue finit par devenir vivante, par l’intervention d’Aphrodite... et ne reste pas statue éternellement. (via Buzz feed)

 

 

 

Ce qui en revanche est à retenir de cette histoire à l’eau de rose, c’est que les auteurs américains qui avaient porté plainte contre Google Books, et sa numérisation massive, avaient pleinement raison au moins sur un point. Roxana Robinson, présidente de l’Authors Guild qui portait l’affaire devant les tribunaux, expliquait : « Les auteurs ont en réalité appris à Google à lire. Nos ouvrages ont aidé le moteur à mieux reconnaître et répondre dans un langage naturel, ce qui est essentiel à la réussite de sa fonction de recherche. Google a sans doute bien profité de nos livres pour ses utilisations internes, mais il n’a pas eu la décence de reverser un centime aux auteurs, ni de leur demander la permission. »

 

Et d'ajouter : « Bien que Google décrive son projet de Bibliothèque au public comme s’il s’agissait d’une entreprise charitable... c’est un outil de création de copies numériques pour plus de 20 millions d’œuvres (quatre millions sous droit), rendues accessibles pour la recherche. »

 

Cette fois, ce sont les auteurs de romance qui ont participé à l’éducation du moteur d’intelligence artificielle de Google. Mais le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas, non ? Il ne reste alors plus qu’à attendre l’agorithme en mesure de sélectionner les futurs romans à publier – oh, un éditeur vient déjà d’en présenter une nouvelle déclinaison.