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Le Nobel d'économie Paul Krugman dénonce les pratiques d'Amazon

Julien Helmlinger - 21.10.2014

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Dans les colonnes du New York Times de ce dimanche, le Prix Nobel d'économie Paul Krugman a taclé les pratiques commerciales d'Amazon, qui selon lui ont « blessé l'Amérique ». Le chroniqueur estime que la société de Jeff Bezos a désormais trop de pouvoir, dont elle abuserait en maintenant systématiquement les prix du marché du livre vers le bas. Si certains se demandent si l'on peut faire confiance au géant pour ne pas abuser de sa position dominante, quand ce dernier argue que sa stratégie bénéficie au consommateur, Krugman n'y croit pas.

 

Krugman Joins the Tea Party

CC by 2.0 par Charles Fettinger 

 

 

Comme le présente le Nobel : « Jusqu'à présent, Amazon n'a pas encore essayé de mettre la pression sur les consommateurs. En fait, il a systématiquement maintenu des prix bas, pour renforcer sa position dominante. Ce qu'il a fait, à la place, c'est d'user de son pouvoir sur le marché pour mettre la pression sur les éditeurs, avec pour effet de réduire le prix qu'il paie pour ses livres, d'où le conflit avec Hachette. Dans le jargon économique, Amazon n'agit pas encore comme un monopole, un vendeur dominant avec le pouvoir d'augmenter les prix. En fait il agit comme un monopsone, un acheteur dominant avec le pouvoir de baisser les tarifs. »

 

Pour lui, les négociations houleuses avec Hachette ont néanmoins posé une question, celle de savoir si l'on peut faire confiance, où non, à la firme de Bezos pour ne pas abuser de ce pouvoir. Et Paul Krugman a son propre avis à ce propos : « Non, nous ne pouvons pas. Ce n'est pas seulement une question d'argent, même si c'est important. En mettant la pression aux éditeurs, Amazon a finalement mis à mal les auteurs et les lecteurs. Mais il y a aussi la question de l'influence indue. »

 

Paul Krugman rappelle notamment la puissance du bouche-à-oreille dans le cadre des ventes livresques, et la manière dont Amazon peut couper cette source de prescription en refusant de commercialiser un ouvrage, une manière de « tuer le buzz ». En conséquence de quoi il ne croit pas qu'Amazon soit au service des consommateurs, comme la firme le prétend, mais soutient que le géant a effectivement trop de pouvoir, et abuse de cette position dominante au détriment des autres acteurs. 

 

Autre son de cloche 

 

À rebours, du côté des défenseurs d'Amazon, on retrouve toujours Tim Worstall de chez Forbes, qui ne semble jurer que par le libéralisme d'Adam Smith. Cet autre économiste, qui avait notamment vu en Kindle Unlimited une opportunité pour enfin fermer les coûteuses bibliothèques publiques, estime qu'il ne faut voir dans le livre qu'un pur produit de consommation. Remplaçable par un autre ? Selon lui, une baisse des prix est synonyme d'avantage pour le consommateur, et donc par extension la politique d'Amazon une pratique à encourager.

 

Et ce, jusqu'à ce qu'un impact néfaste sur le consommateur soit démontré, que la position de monopsone se transforme en monopole, ce qui n'est pour l'heure pas le cas à ses yeux. À ce moment-là seulement, pour Worstall, sera venu le moment d'une éventuelle régulation du marché.