Le papier bien roulé de Gonzaï, financé via Ulule

Antoine Oury - 27.02.2013

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Pour tenter le coup de sortir un magazine papier à partir d'un site Web animé par des bénévoles, il faut probablement avoir « la plume d'un maître reporté, le talent d'un photographe de renom et les couilles en bronze d'un acteur », emphase sur le dernier élément. Les gusses de chez Gonzaï, un des rares sites culturels valables, ont choisi cette voie à bord de leur bolide foutraque. Mais on arrête avec Thompson, Gonzaï mène désormais le business avec sa propre came.

 

 

 

 

La foudre ne tombe jamais au même endroit, et la rédaction de Gonzaï peut donc considérer que c'est une relation durable qui s'est installé entre son magazine et les lecteurs qui en financent la parution : à 8 heures de la fin du décompte, le numéro 2 de Gonzaï Magazine a en effet obtenu la totalité des financements nécessaires à sa parution et distribution. « Pour chaque parution, il nous faut atteindre le plafond minimum » confirme Thomas Ducres, rédacteur en chef de Gonzaï.

 

« Nous n'avons pas de trésorerie préexistante, pour monter un modèle économique différent. Il y a bien des forfaits à plus long terme, à proposer aux lecteurs, mais les annonceurs sont une part minoritaire dans l'équation. Le minimum requis est donc indispensable. Avec, en garantie, le remboursement si ce plafond n'est pas atteint, et le numéro annulé. » En gros, à chaque réunion de rédaction, l'équipe Gonzaï pourrait aborder la mort de sa version papier, normal.

 

Un pari barré qui est celui de la qualité, quand le site Internet de Gonzaï, 6 ans dans les dents, crie toujours haut et fort que « Seul le détail compte » : à chaque numéro, il faut convaincre le lecteur de payer, avant même d'avoir pu feuilleter l'exemplaire en question. « Tout ce qui découle de ce modèle constitue une prise de risque. Je ne dis pas ça pour qu'on se la pète ou quoi, avec le numéro 2 bouclé, mais lancer un magazine aujourd'hui avec ce modèle économique constitue une vraie pression », termine le red-chef.

 

Gonzaï.com, à visiter

 

Là où il faudrait « environ 30.000 € » pour démarrer en kiosques ou librairies, Gonzaï se contente de 6.000 €, pour 1.500 exemplaires envoyés à domicile ou déposés chez des disquaires de France, ou chez Agnès B., le seul snobisme que s'est permis le mag. « Il était important d'apparaître dans des lieux, et surtout en dehors de Paris. Et puisque Gonzaï est très, très musique, les lieux se sont imposés. »

  

À l'arrivée, le numéro 1 du Gonzaï mag a dû réjouir les aficionados du journalisme à la Thompson : papier au grain qui rappelle les plus grandes heures de Bizot et d'Actuel, sujets presque attendus tant ils font partie de la mythologie autour de l'auteur (les gangs, avec les Hell's Angels)... Mais, tout de même, une surprise : la marionnette Gonzo du Muppet Show dans un cercueil, façon de tuer le père ? « C'est un clin d'oeil à la pochette de Sgt. Pepper, mais aussi une façon de s'affranchir de l'héritage Gonzo qui est un peu pesant, aussi. Il fait partie de l'ADN du site web », analyse Thomas Ducres.

 

Le Web en sauveur du papier ? Du côté de la rédaction, on ne se voit guère en montreur d'exemple : les contributeurs de Gonzaï sont presque tous engagés dans la version papier, et reçoivent cette fois un salaire (même réduit) pour les articles publiés dans le magazine : « Vu qu'il y a prestation commerciale et échange de liquidités avec le client, il fallait une société. »

 

Que les fervents défenseurs de l'underground ne s'inquiètent pas : le conseil d'administration n'est pas au programme, et la seule pub du Gonzaï Mag, c'est pour du Jack Daniel's.