Ebooks : "Je lutterai très fort" contre l'abonnement illimité (Arnaud Nourry)

Nicolas Gary - 17.12.2014

Lecture numérique - Usages - Arnaud Nourry - abonnement illimité - Amazon Kindle Unlimited


« Qui va décider du prix de vente au consommateur des livres électroniques aux États-Unis » et plus pernicieux : quelles sont les conditions commerciales ? C'étaient là les deux grandes problématiques rencontrées par le groupe Hachette, dans son conflit avec Amazon. Arnaud Nourry, PDG du groupe, était l'invité de BFM Business, pour apporter quelques réponses.

 

 


Évoquant la musique, qui n'a pas connu les bénéfices d'un prix unique, ou encore la presse, « qui a énormément de mal à monétiser » ses articles, la conclusion s'impose : « C'est une question essentielle. Et je suis ravi que, sur ce point-là, nous ayons obtenu gain de cause », assure le PDG.

 

On se souvient, et Arnaud Nourry y revient, « c'est que les auteurs se sont presque mobilisés tout seuls. Je ne dis pas que l'on n'a pas fait ce que l'on avait à faire... Mais quand on pense à cette liste des 1000 auteurs américains, à la Une du New York Times et du Monde, en France... »

 

Effectivement, cela laisse rêveur. Les auteurs, alors que plusieurs d'entre eux n'étaient pas publiés par le groupe Hachette, s'étaient emparés de la question, parce qu'ils « ont compris que cette question des prix de vente était essentielle au maintien d'un système dans lequel on peut aussi vendre des livres imprimés ».

 

Contrairement à ce qu'affirme le journaliste, Amazon n'a pas rendu introuvables les titres de Hachette : le cybermarchand, pour jouer avec ses armes, a simplement rendu plus complexe l'achat de certains titres papiers. Les précommandes étaient supprimées, et les délais de livraison rallongés – mais surtout, les remises sur les livres étaient dérisoires.

 

« Bien sûr, ça nous a fait du mal. Mais au-delà du compte d'exploitation, bien sûr, j'y suis sensible, c'est pour les auteurs que c'est très difficile. » Ceux qui vivent de leur plume, comme les best-sellers, n‘ont pas vraiment senti passer la pilule, « mais, pour ceux qui en vivent petitement », ce fut plus douloureux. « Pénalisés sur le site du marchand numéro 1, ce fut extrêmement difficile. »

 

L'abonnement : " Je serai le dernier à plonger. Ça n'a aucun sens."

 

L'accord ne sera certainement pas rendu public avant quelque temps. En tout cas, il n'y a « aucune ambiguïté sur un point : c'est Hachette qui fixe le prix de vente des livres aux États-Unis. » La question reste de savoir si 9,99 $ permet de vendre mieux que 12,99 $ : des tests seront opérés, « et nous verrons livre par livre, quel est le bon point d'équilibre. [...] Mais imaginer que 9,99 € est le prix magique pour tous les livres, ça n'a aucun sens ».

 

L'abonnement est également évoqué, avec une approche radicale. « Je serai le dernier à plonger. Ça n'a aucun sens. Dans la musique, les formules d'abonnement peuvent avoir du sens, parce que les gens consomment beaucoup de morceaux. [...] Les gens qui lisent plus de 2 ou 3 livres, par mois », en revanche, c'est beaucoup plus rare que les personnes qui écoutent une centaine de morceaux par jour.

 

Du reste, pour les auteurs, comme pour les éditeurs, l'abonnement est économiquement ingérable : un abonnement à 9,99 $ est inférieur au prix d'un ouvrage. « Si nous allions vers l'abonnement, nous irions, c'est sûr, vers la destruction du modèle économique que nous mettons en place. » Et il ne suffit pas, pour tripler le marché du livre, de baisser les prix de vente, « ça ne marche pas comme ça ».

 

« Le livre est un marché d'offre, beaucoup plus que la musique. » L'éditeur publie plusieurs milliers de livres chaque année : « S'il n'y avait pas tous ces libraires pour les proposer, les quatre cinquièmes ne verraient jamais le jour, traîneraient sur une table et disparaîtraient au bout d'une semaine. [...] Et cette formule d'abonnement, c'est la mort des libraires. Croyez-moi, je lutterai très fort, contre cette tendance-là. »