Le piratage comme facteur de création d'emploi et de croissance

Julien Helmlinger - 21.10.2014

Lecture numérique - Usages - Piratage - copie illégale - Copyright - Industrie


Alors que les acteurs de l'industrie du divertissement et de la culture n'ont de cesse de s'armer face à la potentielle menace du piratage sur leur business, un article du Suédois Rick Falkvinge, fondateur du premier Parti pirate, prend la problématique à rebours. Selon lui, la protection du copyright et autres brevets ne seraient que des protectionnismes industriels. Tel Machiavel qui estimait que la connaissance du passé pouvait livrer les clés de la compréhension du futur, il observe la question à travers le prisme de l'Histoire.

 

Rick Falkwinge - Evidemment, pas de copyright

 

 

L'entrepreneur et auteur suédois estime qu'à la fin du XVIIIe siècle, alors que les États-Unis sortaient à peine de leur période coloniale, l'Empire britannique était quant à lui l'État qui aurait établi les lois de par le monde. Or selon Falkwinge, la conception que se faisait Londres à propos de commerce à cette époque était radicalement protectionniste. On importait alors des matières premières depuis les colonies vers la Grande-Bretagne, où elles étaient parfois transformées en produits finis, eux-mêmes exportés ensuite dans le reste du monde avec une certaine valeur ajoutée.

 

Le fondateur du Parti pirate estime que les législations mises en place au cours de cette période reflètent la volonté de voir cette tendance inchangée. C'est ainsi que serait venue la volonté de verrouiller en quelque sorte toute possibilité de copie en la rendant illégale, et conserver ainsi l'avantage qui garantissait alors la suprématie économique de l'Empire britannique.

 

Le décor étant planté, Rick Falkwinge raconte une anecdote concernant l'un des criminels de l'époque, un certain Samuel Slater, affectueusement surnommé le Traître, d'un côté de l'océan, ou encore parfois considéré comme le Père de la Révolution industrielle américaine, sur l'autre rive. Question de point de vue. Le crime que Londres reprocha à cet industriel était d'avoir osé migrer vers le Nouveau Monde, en emportant avec lui des techniques pionnières de l'industrie textile britannique en ses bagages.

 

Une audace que l'Empire condamna comme un crime, et que les États-Unis saluèrent en baptisant au moins une bourgade en son nom. Tandis que la domination économique britannique allait par la suite transiter dans le giron américain, le Suédois soutient par extension que la copie serait créatrice d'emplois comme de prospérité. Et pour lui, ceux qui interdisent la copie seraient ainsi historiquement les héritiers de ceux qui se plaisent à se reposer sur leurs lauriers, sans concurrence...

 

Le piratage, berceau de l'industrie hollywoodienne

 

Par la suite, raconte Falkwinge pour étoffer son analyse, allait naître l'industrie cinématographique américaine. Selon lui, à l'origine l'univers industriel du 7e art était complètement bloqué par une série de brevets technologiques, notamment certains signés du recordman de dépôts, Thomas Edison, et la monopolistique Western Electric Company.

 

En ce temps, l'industrie naissante du cinéma était basée à New York. Mais voilà que pour échapper à cette dure loi des monopoles, des sociétés aujourd'hui passées de l'autre côté du miroir, tel que Warner Brothers, Universal Pictures, ou encore MGM ont décidé de fuir en un lieu où elles échapperaient à ces brevets, et qui s'appelait encore Hollywoodland.

 

Cette fois encore, soutient le Suédois, une forme de piratage aura créé des emplois et une prospérité légendaire qui perdure encore aujourd'hui dans le monde du cinéma. Avec une certaine ironie quand on sait combien ces sociétés tiennent aujourd'hui à leurs droits. C'est pourquoi Falkwinge estime que le fait de décréter qu'une copie est illégale est une forme de « protectionnisme industriel à l'état brut, du néo-mercantilisme ». En somme, une manière d'empêcher les autres de pouvoir prospérer.

 

Pour étayer, le Suédois rappelle également comment s'est bâti le succès de l'industrie nippone, qui a copié tout ce qui était imaginable jusqu'à réaliser parfois des produits meilleurs que les versions occidentales qui les auront inspirés. Tel est l'argument que le fondateur du Parti pirate invoque pour justifier ce qu'il conçoit comme « un impératif moral de désobéir aux lois contre la copie ».

 

(via TorrentFreak)