Le porno pour maman, discrétion assurée, en livre numérique

Clément Solym - 16.04.2012

Lecture numérique - Usages - porno pour maman - livre numérique - lecture


Pour éviter de picoler publiquement, la pudeur veut que l'on enferme sa petite consommation alcoolisée dans un sac en papier brun. Histoire de sauver les apparences. Eh bien les lecteurs ebook ont définitivement la même fonction pour les femmes, qui consomment de la littérature érotique, les études sur le sujet ne manquent maintenant plus.

 

Alors qu'un livre sur huit est aujourd'hui acheté en version numérique outre-Atlantique, dans le domaine Fiction adultes, le genre érotique soft connaît un essor inattendu. Encore que... depuis un bon moment, les ventes de livres numériques dans cette catégorie comptent parmi les meilleurs résultats.

 

Outre les romances d'Harlequin, la réussite du livre de EL James, Fifty Shades of Grey, a mis le feu aux poudres. Le modèle du « porno pour maman », parfaitement illustré avec cet ebook autoédité devient l'emblème de toute la catégorie, fort de ses 250.000 exemplaires écoulés. 

 

Et mieux que tout, le succès numérique attire l'attention des éditeurs papier, qui par la suite, décident de commercialiser les titres du cru dans l'une de leurs filiales. Si EL James a commencé à écrire avec Twilight en tête, sa trilogie s'éloigne sensiblement des sensibleries vampiriques, pour plonger dans les douces voluptés des relations SM, à tendance érotico-bondage...  

 

Histoire d'O, à retrouver

dans notre librairie

De son côté, un Australien, surfant sur l'engouement, s'est lancé dans le même genre, avec The Writer's Coffee Shop, et après avoir trusté les meilleures ventes numériques, s'est fait happer par Random House. Du joli, tiens. 

 

Après tout, Histoire d'O, en 1954 ne racontait pas vraiment autre chose, et en regard, le livre de James semble passablement plus mal écrit, et ostensiblement plus aguicheur, estiment les critiques. Mais avec ses 250.000 ventes, difficile de faire la fine bouche, quand on est éditeur, et que le secteur se porte plus ou moins bien. 

 

« Les ebooks sont fantastiques pour notre lectorat. L'immédiateté signifie que le lecteur peut lire une belle histoire, puis passer à une autre, sans quitter le confort de leur maison », commentait le directeur de Mills & Boon, Tim Cooper, pour justifier l'intérêt assez soudain des maisons sur ce genre.

 

Des romans qui se vendent deux fois plus en ligne qu'en librairie, cela en dit également long sur la volonté de maintenir loin des regards les titres dont on se délecte. (voir notre actualitté)

 

Nathan Maharaj, directeur des ventes de Kobo au Canada, ajoutait que la dématérialisation du livre « réduit les tabous qui empêchaient l'éditeur aussi bien que le lecteur d'accéder à ce domaine », et principalement parce que des couvertures trop explicites faisaient rougir de honte plutôt que de plaisir. (voir notre atualitté)

 

Alors que n'entendons-nous pas encore les féministes s'insurger, lorsque l'on assure que les femmes consomment à foison cette littérature, dans le plus strict secret et l'intimité de leur lecteur ebook ? C'est que probablement il s'en trouve pour lire ces livres, et accéder à ce suprême plaisir que de se délecter de pages fantasmagoriques. Le fantasme de la domination ferait donc rêver ? Libre à chacun de le croire... et de le lire. (via This is London)