Le prêt numérique en bibliothèque “réduit la valeur économique perçue du livre”

Antoine Oury - 31.10.2019

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L'éditeur américain Macmillan a imposé aux bibliothèques un embargo de deux mois au prêt des livres numériques de son catalogue, assurant que la mise à disposition immédiate avait un impact négatif sur les ventes de ces mêmes livres. Devant la levée de boucliers des bibliothécaires, le PDG du groupe, John Sargent, a signé un courrier pour justifier la mesure, et campe sur ses positions.

John Sargent PDG Macmillan - Foire du Livre de Francfort 2018 - #FBM18
John Sargent (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Une mesure pleinement justifiée. C'est la conclusion à laquelle aboutit le courrier de John Sargent adressé aux bibliothécaires américains : dans celui-ci, le PDG de Macmillan revient sur les conditions de prêt des livres numériques du catalogue du groupe, et notamment sur le très décrié embargo sur la mise à disposition de tous les titres publiés.

Sargent temporise, tout d'abord : « Au cours de nos discussions, beaucoup d'entre vous ont demandé un accès perpétuel [aux livres numériques achetés], ce que nous avons accordé pour le premier exemplaire de chaque titre. Nous avons voulu répondre à vos inquiétudes en matière d'amplitude des collections et de la charge de travail nécessaire au renouvellement des acquisitions. Vous nous avez aussi demandé de baisser les prix, ce que nous avons fait, de moitié, pour le premier exemplaire », rappelle le PDG.

Une manière de prouver la bonne volonté du groupe éditorial, pour travailler au mieux avec tous les établissements : les plus petites bibliothèques, elles, ont eu droit à des réductions et un accès perpétuel pour les nouvelles parutions. Mais, lorsqu'il aborde le sujet de l'embargo, Sargent ne lâche rien : « Nous pensons que la croissance très rapide de la lecture de livres numériques empruntés réduit la valeur économique perçue du livre », affirme-t-il.

Selon l'argumentation du PDG de Macmillan, le prêt de livres numériques habituerait les usagers à la gratuité, d'autant plus que ce prêt se réalise sans effort ni déplacement de la part du lecteur. « À mesure que le développement d'applications et de solutions se multiplie, et que les bibliothèques étendent leur influence entre les États et à travers le pays, il devient de plus en plus simple d'emprunter plutôt que d'acheter. »
 

Un impact économique sur la chaine du livre


D'après Sargent, cet état de fait a un impact réel sur les revenus des maisons d'édition, et donc sur ceux des auteurs ou illustrateurs, voire de toute la chaine du livre. S'il n'appuie pas cette assertion par des chiffres, il assure que les équipes de Macmillan se sont penchées sur la question, pour arriver à la conclusion que le seul levier à actionner était la disponibilité des livres.

Une sorte de chronologie des médias appliquée aux bibliothèques qui ne plait pas du tout aux professionnels, d'autant plus qu'elle ne s'applique pas aux ouvrages imprimés. Depuis la mise en place de cet embargo, les bibliothécaires américains ont lancé une grande campagne nationale pour dénoncer les conditions, jugées abusives, imposées par les éditeurs.
 
Récemment, les professionnels de la lecture publique ont même témoigné devant la Chambre des représentants, dénonçant un comportement des éditeurs qui contreviendrait à la liberté d'accès à l'information des citoyens américains.

Le courrier de Sargent, repéré par Publishers Weekly, est disponible ci-dessous en intégralité.




Commentaires
Pour ma part, je préfère le numérique que je trouve bien pratique. Je suis certainement un cas à part !! Pourquoi priver de cette ressources les bibliothèques. Dans ma bibliothèque parisienne, l'emprunt d'un livre numérique est soumis aux mêmes règles qu'un livre papier. On devrait avoir la possibilité de choisir l'un ou l'autre format.
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