Le programme de TEA pour concrétiser l'interopérabilité

Antoine Oury - 07.12.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - TEA ebook - TEA DRM CARE - TEA DRM


Cela fait désormais plus d'un an que la société TEA a présenté sa mesure technique de protection interopérable, la DRM CARE, destinée à faciliter la vie des acheteurs et des vendeurs de livres numériques. Au Centre National du Livre, David Dupré, directeur général de TEA, et Rémi Bauzac, directeur recherche et développement, ont présenté le programme des prochains mois.

 

David Dupré (TEA)

David Dupré, directeur général de TEA (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

TEA, société née de l'alliance de trois acteurs de la distribution culturelle — Decitre (58 % du capital), Cultura (24 %) et Système U (9 %) —, « ne travaille qu'en B to B », rappelle son directeur général David Dupré. Autrement dit, la société se préoccupe avant tout du bon fonctionnement de l'infrastructure liée aux ebooks de leurs clients. Ce qui signifie la mise à disposition des fichiers, la logistique d'achat, voire une plateforme en marque blanche pour certains.

 

La société fondée par le libraire Guillaume Decitre fut parmi les premières à s'intéresser de très près au développement de l'interopérabilité dans le domaine de la lecture numérique. Et elle a aujourd'hui la primeur quant à l'exploitation de la norme LCP, une DRM-light développée par le consortium Readium, chargé de la promotion du format EPUB, au sein de l'EDR-Lab, son vaisseau-mère parisien.

 

Tout cela semble extrêmement compliqué, mais l'équation de base est assez simple : la chaîne du livre française milite pour l'interopérabilité des fichiers numériques, soutenue par le ministère de la Culture, pour éviter qu'un acteur hégémonique disposant d'un système propriétaire très performant — Amazon — ne s'accapare tout le marché de l'ebook en français. Or, jusqu'à présent, ce désir d'interopérabilité restait contrarié par la nécessité de protéger au mieux les fichiers contre les risques de piratage, ce que seul l'Américain Adobe garantissait, avec plus ou moins d'efficacité, jusqu'à présent.

 

En effet, cette DRM CARE développée par TEA promet un niveau de cryptage aussi performant que celui de la solution Adobe, avec la possibilité d'ouvrir, de télécharger et d'emporter sur son lecteur ebook des livres numériques de façon plus aisée qu'avec la solution Adobe. 

 

David Dupré ne mâche pas ses mots : « C'est une première mondiale » que présente sa société avec ce système interopérable. Des tentatives avaient été suggérées, comme MO3T, soutenue par l'opérateur Orange, sans succès. Ce que ne se prive pas de rappeler Guillaume Decitre : « Avec le même investissement que MO3T [3 millions €, NdR], sauf qu'il s'agit cette fois de fonds privés, ainsi qu'une aide du CNL, une solution efficace a été développée ».

 

« L'ergonomie est aussi fondamentale que l'interopérabilité »

 

Pouvoir lire un livre numérique acheté chez n'importe quel libraire sur n'importe quelle machine semble fondamental, mais ce simple geste informatique nécessite un passage sur Adobe Digital Editions, logiciel de gestion de bibliothèques, dès lors que l'on traite des fichiers protégés par la DRM Adobe. 

 

TEA proposera une alternative avec un logiciel dédié, appelé TEA Time, nom peut-être provisoire, qui permet de gérer facilement plusieurs comptes de libraires et fait office de lecteur offline. En quelques étapes, et surtout avec un identifiant et un mot de passe unique, le lecteur pourra ajouter des ouvrages achetés chez différents vendeurs à son lecteur ebook.

 

L'outil est plutôt bien pensé, même si l'absence d'une bibliothèque unique pour tous les revendeurs, dans le logiciel, est un peu déconcertante : il faudra se reconnecter à chaque changement de libraire, contrairement au logiciel inclus dans la liseuse TEA. Par ailleurs, la conservation de la progression dans le livre entre les différentes solutions de lecture (lecteur ebook — application — lecteur en ligne — lecteur offline) ne sera pas assurée dans un premier temps, nous précise Rémi Bauzac, mais plutôt pour le milieu d'année prochaine.

 

Pour le moment, seuls les libraires clients de TEA et le lecteur ebook de développé par la société avec Pocketbook peuvent profiter de cet environnement « interopérable à l'intérieur de TEA », admet David Dupré, mais la société invite évidemment d'autres acteurs à les rejoindre, « y compris Amazon ».

 

Si TEA a ouvert la voie avec CARE, la DRM LCP, développée par Readium et EDR Lab, devrait suivre d'ici quelques mois, et TEA devra alors faire entrer cette nouvelle mesure technique de protection dans sa solution.

 

En attendant, la société travaille à convaincre les éditeurs et les acteurs du livre numérique : YouScribe et izneo font partie des derniers arrivés, mais aussi HarperCollins France et Hachette UK, dont le contrat est en cours de signature, ce qui signifie l'arrivée de livres numériques en VO pour le début d'année 2017. 

 

Malgré 4 millions € de chiffre d'affaires en 2016, « 13.000 € de ventes d'ebooks samedi et 15.000 € dimanche », TEA n'est toujours pas rentable, a révélé Guillaume Decitre, mais entend bien conserver sa place d'acteur jeune et en avance. « Notre ambition est européenne, mais nous la réaliserons par étape », souligne David Dupré.

 

Une « marque grand public » TEA sera lancée en 2017, « pour permettre de l'identifier plus facilement » selon Guillaume Decitre : difficile de ne pas songer à Tolino, l'initiative allemande qui est parvenue à faire de l'ombre à Amazon en mettant en avant la liberté et la facilité d'utilisation. « La librairie indépendante s'est visiblement diversifiée et ce n'est clairement pas TEA seul qui va répondre sur ce marché-là », précise toutefois David Dupré.

 

Les discussions pour une solution commune à la profession se poursuivent avec le Syndicat de la Librairie française, sans réponse arrêtée pour le moment.