Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le Projet Bradbury joue les touristes

La rédaction - 08.11.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - projet bradbury - ray bradbury - neil jomunsi



Le Projet Bradbury n'est pas à une expérimentation près : si la nouvelle de la semaine nous entraîne dans un voyage aux confins de nos connaissances et de nos frontières, sur la route des Touristes dont il fait ses héros, Neil Jomunsi se penche aussi sur d'autres types d'exploration, et notamment celles qui le concernent... directement.


Dans un article de blog intitulé “Comment les écrivains payent-ils leurs factures ?”, l'auteur aborde cette semaine le thème ô combien délicat de l'argent dans la création. Le Projet Bradbury prend une nouvelle tournure au fil des semaines, il s'affine, se trouve aussi, et il est un terrain fertile pour différentes réflexions concernant le métier d'auteur à l'heure du numérique. Car si l'argent a toujours été le gros mot à ne pas prononcer en matière de littérature, les créateurs branchés au net cherchent de nouvelles voies pour vivre de leur art. Il ne s'agit pas de bâtir des fortunes sur un droit d'auteur malade, mais d'être rémunéré pour une création dont la pérennité ne deviendrait plus une rente, mais un véritable mode de vie.

J'aimerais vivre dans un monde idéal où les créateurs de tout poil — sans distinction de talent ou de renommée, seulement ceux qui décident de consacrer l'essentiel de leur temps à la création — possèderaient une carte à montrer à la caisse du supermarché, au comptoir du bistrot ou au guichet du cinéma, et accèderaient à des réductions significatives pour les remercier des services qu'ils rendent à l'humanité en la distrayant, mais c'est visiblement trop demander. Les créateurs (et donc ces fainéants d'écrivains aussi) payent les mêmes factures d'électricité que la plupart de leurs concitoyens, mangent les mêmes plats préparés et les mêmes légumes emballés sous vide, téléphonent de temps en temps à leurs proches parents et — comble du comble — osent manifester l'envie de profiter du travail de leurs confrères en se rendant de temps à autre au cinéma, au théâtre ou dans un combat de rue improvisé. Bref, les créateurs ne sont pas moins idiots que les autres et doivent payer leur passage sur Terre comme tout le monde.

Images of Money / Flickr CC BY

 

L'idée est bien sûr de ne pas tondre le public encore plus qu'il ne l'est déjà mais d'inviter chacun à une réflexion sur la place de l'artiste dans le macrocosme internet. Les écrivains, et les créateurs en général, peuvent et doivent rivaliser d'imagination pour sortir de l'amateurisme financier dans lequel l'industrie du livre les a quelquefois plongés.

Comme les libraires, les auteurs doivent s'adapter à leur siècle. Au XIXème siècle, il suffisait de vivre assez longtemps pour terminer un roman : on devenait écrivain sans trop de difficulté (alerte trolls : ceci est une boutade). Au XXIème siècle, tout le monde écrit, tout le monde crée : il faut donc un mode de rémunération équitable, en conséquence, et qui prend en compte ces nouvelles données. Et comme les libraires doivent trouver d'autres moyens d'entrer dans l'ère numérique, les auteurs devront eux aussi se diversifier : lectures publiques, concerts de littérature, ateliers, conférences, vente d'organes, tout ce que l'imagination peut concevoir sera le bienvenue.

Le reste des propositions — et notamment celles de la Quadrature du Net et des adeptes du livre partage des oeuvres — se retrouve détaillé dans l'article de blog correspondant.

 

Quant à la nouvelle de la semaine, celle-ci nous entraîne sur les traces d'un jeune guide touristique dont la malchance pourrait bien se transformer en un véritable coup du destin.

 

Le résumé : Lukas n'a qu'une envie : parcourir le monde et visiter ses merveilles. En attendant de trouver un moyen de réaliser son rêve, il travaille comme guide pour une agence minable. Là, il prend en charge des groupes de touristes aisés pour leur montrer Paris. Mais le jour où un avion dépose sur le tarmac huit visiteurs asiatiques accompagnés de Nomi, leur traductrice, sa conception du monde va changer radicalement.

Difficile d'en parler sans en dévoiler trop : le texte ravira les amateurs d'exploration, peut-être les amoureux de Jules Verne et, pourquoi pas, des fans de certaines séries télé des années 90. Le héros est prénommé Lukas pour une raison bien particulière. C'est un petit clin d'oeil cadeau pour mon premier (et déjà préféré) neveu, né il y a quelques mois. Je lui souhaite de vivre des aventures aussi incroyables que celles de mon héros.

Touristes est disponible à la vente chez Amazon, Smashwords, Kobo et l'iBookstore d'Apple, au prix de 0,99€. La couverture est, comme d'habitude, signée Roxane Lecomte, du studio Chapal&Panoz. On peut également devenir mécène 2.0 et s'abonner à l'intégralité des nouvelles du Projet Bradbury pour soutenir l'écrivain dans ses péripéties.