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Le registre ReLIRE, main dans la main avec le projet Arrow

Nicolas Gary - 06.12.2013

Lecture numérique - Législation - registre ReLIRE - projet Arrow - numérisation


Arrow est un projet européen regroupant les bibliothèques nationales et universitaires, ainsi que des éditeurs, des distributeurs numériques, organisation de gestion de droits et organisations tant européennes qu'internationales. La Commission européenne apporte un soutien financier à ce projet, qui fut initié en septembre 2008.

 

 

 

 

Le projet dispose de plusieurs connexions avec le registre ReLIRE, qui vise la numérisation d'oeuvres indisponibles sous droit du XXe siècle. En effet, Arrow a pour vocation d'offrir à tout utilisateur «  de vérifier si une œuvre est disponible, épuisée ou orpheline, et d'obtenir des informations sur les détenteurs de droits » (voir). En outre, la BnF, qui sera chargée, si le projet ReLIRE obtient son financement, est étroitement impliquée dans Arrow. 

 

Ce 4 décembre, une réunion se déroulait à Bruxelles, pour présenter les derniers aboutissements, et notamment les liens tissés avec la France, au travers de la loi sur la numérisation des oeuvres. Le directeur général de la Sofia, Christian Roblin était présent pour expliquer le travail opéré autour de ReLIRE, ainsi que Juliette Dutour, chef de projet ReLIRE à la BnF.

 

Heureusement, c'est la crise

 

Cette dernière a expliqué que la première liste de 50.000 oeuvres a été présentée le 21 mars dernier, sans manifestement prendre le temps d'évoquer les questions de financement, qui sont pourtant si délicates, à ce jour. Il ne manquerait pas moins de 700.000 € pour financer la numérisation : une bagatelle... Surtout que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a fermement affirmé que l'Etat n'abonderait pas à la place des éditeurs, pour le financement de cet projet.

 

Mais ce qui est intéressant d'apprendre c'est que la prochaine liste, que l'on présentera le 21 mars 2014, sera publiée en collaboration avec Arrow. Elle pourrait alors contenir 100.000 oeuvres.

 

D'ores et déjà, une première question se pose : pourquoi, si Arrow est si fonctionnel que cela, avoir eu recours aux services onéreux de la base Electre, pour constituer la première liste ? Il est compliqué de se rendre compte que Electre appartient au Cercle de la librairie, et que cette société est elle-même celle à qui a été confié l'hébergement de la société de projet qui doit recevoir les fonds nécessaires pour assurer le fonctionnement de la numérisation. Or, la société n'existe toujours pas... 

 

« Arrow est un outil efficace pour soutenir un grand nombre de programmes de numérisations », dont celui de numérisation des oeuvres indisponibles. Or, apprendre qu'Arrow est opérationnel ne manque pas de faire sursauter : plusieurs personnes, qui avaient vu fonctionner Arrow en interne à la BnF, nous ont assuré que le modèle était « affligeant », voilà encore quelque temps. 

 

Quelques petits rappels essentiels

 

Dans son fonctionnement, ReLIRE doit pouvoir obtenir des résultats pour au moins 100.000 demandes en un court laps de temps, explique Arrow, avec un processus entièrement automatisé et reposant sur des résultats exacts uniquement. Il faut alors exclure tout ce qui n'est pas texte écrit en français et publié en France - les traductions doivent systématiques être écartées.

 

Et pour ce faire, Arrow et ReLIRE avaient instauré une phase de test en temps réel, avec des cas concrets : les exigences de conditionnements et les performances ont été éprouvées durant tout le mois de novembre, jusqu'à une finalisation en décembre.   

 

De son côté, le directeur de la Sofia rappellera les conditions de numérisation : soit un fichier de 300 dpi minimum, soit un format EPUB, avec DRM. La commercialisation s'opérera sur deux sites, et sera proposée au moins dans un format non-propriétaire. 

 

Concernant l'identification des oeuvres, la Société des gens de lettres interviendra avec Arrow pour aider la Sofia à identifier les oeuvres et les ayants droit. Pour celles dont les titulaires n'ont pas été définis, une période de 10 ans est octroyée - mais concernant les oeuvres orphelines...

 

Bien entendu, à aucun moment le directeur de la Sofia n'évoque, dans ce joli document officiel, les oppositions des auteurs, ni le recours actuellement lancé. Une question prioritaire de constitutionnalité attaquant la loi, et un Recours en excès de pouvoir, porté contre le décret d'applications sont actuellement en cours, pour tenter de montrer que la loi porte « atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution ».