Le Site du Zéro porte la libre diffusion du savoir

Antoine Oury - 25.04.2013

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La mascotte du Site du Zéro est peut-être un âne (Zozor de son prénom), mais ses utilisateurs ne le restent pas bien longtemps. Cette plateforme d'e-learning, d'apprentissage en ligne, propose des cours complets et de qualité sur une variété de sujets qui vont de l'informatique, sa spécialité, aux sciences et bientôt à la création d'entreprises. Le tout soutenu par une logique du libre qui force le respect.

 

 

Page d'accueil du Site du Zéro

 

 

Derrière M@teo21, créateur en 1999 du Site du Zér0 (depuis devenu Site du Zéro), se cachait alors un collégien de 13 ans avide de savoirs relatifs à la création de site Web, Mathieu Nebra. « Il n'y avait pas vraiment de ressources à l'époque, surtout des choses pour des professionnels. Alors, il s'est dit "Je vais me lancer un challenge en créant un site Web pour créer des sites Web" » explique Pierre Dubuc, collaborateur depuis 2002 et cofondateur de la société SimpleIT, qui gère le Site du Zéro.

 

Les deux camarades gèrent eux-mêmes le site, ajoutent leurs propres tutoriels, et le travail porte ses fruits : à côté de leurs études, ils mènent une double vie de gestionnaires d'un site Web qui accueille de plus en plus de visiteurs. Dès 2005, le site devient plus communautaire et les membres inscrits peuvent soumettre leurs propres tutoriels. Très vite, il faut réguler : « Tout contenu est vérifié par des "validateurs", une équipe entre 50 et 100 personnes qui suit et valide les tutoriels. »

 

Chaque tutoriel est évidemment librement accessible, et qui plus est sous Creative Commons : les contenus peuvent donc être partagés et récupérés, sous réserve que la source et l'auteur soient clairement cités, et qu'aucune utilisation commerciale n'entre en jeu. « Sur le plan, la forme et les contenus eux-mêmes, nous sommes extrêmement rigoureux », explique Pierre Dubuc pour ActuaLitté, « Et nous refusons les 3/4 des contenus », termine-t-il.

 

Dès 2007, le Site du Zéro se dote d'une société éditrice, SimpleIT : deux années plus tard, les cofondateurs de la société, Mathieu Nebra et Pierre Dubuc se lancent à plein temps dans l'activité, et en profitent pour sortir la 1e version papier d'un des tutoriels les plus prisés sur le Web, La programmation en langage C. 540 pages, 26 €, deux éditions, et un vrai succès au rendez-vous avec près de 20.000 exemplaires vendus jusqu'à aujourd'hui. 

 

« Cela suivait aussi d'une demande de nos utilisateurs, qui souhaitaient pouvoir consulter l'ouvrage tout en travaillant sur l'ordinateur, annoter, prêter le livre... Au début, nous ajoutions des chapitres supplémentaires aux tutoriels pour inciter à l'achat, mais nous avons très vite arrêté, car cela n'avait aucun impact sur les ventes », explique Pierre Dubuc. Auparavant uniquement vendus sur Le Site du Zéro, les ouvrages sont désormais dans les bibliothèques de la Fnac comme des librairies indépendantes.

 

Évoluer en même temps que l'informatique et les usages

 

5 années plus tard, en janvier 2012, le livre numérique s'invite logiquement sur Le Site du Zéro : les outils de mise en page permettant la conversion simple des tutoriels Web en ebooks, le format devient prépondérant. Si 21 livres papier sont disponibles, 26 ebooks sont déjà présents dans les catalogues du site, « sans DRM, ni watermarking » précise Pierre Dubuc. « Si quelqu'un s'approprie de manière frauduleuse notre travail, en plagiant le contenu par exemple, il sera rappelé à l'ordre par toute la communauté du libre », explique-t-il.

 

Les ventes des ouvrages représentent à présent 50 % des revenus du site, le reste étant généré par l'affichage de publicité. L'équipe de 25 salariés travaille à temps plein pour rendre les contenus fonctionnels et accessibles pour le plus grand nombre, ou encore optimiser le site, à l'image d'une mise à jour récente pour plus de lisibilité sur smartphones et tablettes.

 

Si les validateurs et autres collaborateurs participent bénévolement, Le Site du Zéro peut et tient désormais à rémunérer les auteurs des tutoriels vendus : si les droits d'auteur pour un livre papier sont lambda (entre 8 et 10 %), ceux pour l'ebook semblent hors du commun au regard de ce qui se pratique actuellement : 25 % des droits reviennent à l'auteur. « Il y a un moment où on ne peut pas trop abuser, les intervenants se limitent à l'éditeur, à l'auteur et au distributeur, il est normal que l'on atteigne environ le tiers pour chacun », explique Pierre Dubuc.

  

Le Site du Zéro affiche 20 millions de pages par mois, pour près de 2 millions de visiteurs uniques : un score impressionnant, mais promis à l'expansion au regard des développements prévus : outre un service d'impression à la demande quasi automatisé et une formule d'abonnement mensuel donnant droit à 3 ebooks par mois en plus d'autres services, le site étendra bientôt son champ de compétence aux domaines de l'entreprise, qu'il s'agisse de la comptabilité, du management ou des questions juridiques.

 

En parlant de juridique, les sites prônant la pédagogie et la culture libres ont parfois eu des relations houleuses avec les éditeurs traditionnels, notamment aux États-Unis : « Nous avons une méthodologie totalement différente, mais nous faisons des paris qui sont délicats pour un éditeur traditionnel. » En somme, chacun cultive son pré.

 

Auprès des milieux universitaires, Le Site du Zéro dispose d'une forte audience, notamment via son travail avec l'Inria (dédiée aux sciences du numérique) de Grenoble et le LIRIS (Laboratoire d'InfoRmatique en Image et Systèmes d'information) de Lyon, tous engagés dans le projet CLAIRE, vaste entreprise pour l'enseignement numérique.

 

Voilà ce que c'est que de partir de zéro...