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Le tatouage numérique, un DRM pour suivre le lecteur à la trace

Clément Solym - 27.12.2012

Lecture numérique - Usages - DRM - watermark - tatouage numérique


Tout le monde, y compris Adobe qui l'avait mis au point, semble s'accorder sur la lourdeur et la rigidité du verrou numérique traditionnel, autorisant la synchronisation avec quelques appareils seulement. Pour autant, la disparition des mesures de protection technique reste un vieux rêve d'idéaliste, tant l'industrie culturelle entretient une peur panique du contenu culturel dématérialisé.

 

 

NO WATERMARKS PLEASE

Natmandu, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

Il y a d'abord eu les regards jetés du côté du marché numérique de la musique, pollué pendant des années par des verrous numériques extrêmement contraignants, mis au point par des constructeurs désireux de faire la cour aux majors (Sony fut expert dans le domaine). Puis, le dispositif technique fut abandonné, ce qui eut plus d'impact sur le taux de fichiers piratés que n'importe quelle mesure de protection technique (MPT).

 

Pour le remplacer, l'industrie musicale s'est accomodée du tatouage numérique, un procédé qui appose sur le fichier acheté légalement une signature de l'acheteur. Signature plus ou moins visible, mais aussi plus ou moins complète, faisant office de carte d'identité du client : nom et prénom, numéro de carte bancaire... Autant d'informations liées au fichier, et destinées à considérablement faciliter la tâche des autorités compétentes en cas de mise à disposition sur les réseaux illicites...

 

Le livre numérique n'en est pas encore arrivé à ce stade : certes, le DRM Adobe a fait long feu, et ses jours sont comptés avec la généralisation de l'EPUB3, (voir notre actualitté) mais les éditeurs sont toujours accrochés à la sécurisation du fichier, qu'il faut pouvoir suivre à la trace. L'abandon des MPT semble d'ailleurs bien lointain à l'horizon, en témoignent les propos d'Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette Livres, au Salon du Livre 2012 : « En France, on a une petite difficulté avec le piratage, ignorant que l'on n'a pas le droit de faire des copies librement, et à  ce titre je crois que la DRM est nécessaire. Si dans cinq ans ou dix ans, la question est culturellement dépassée, on sera ravis d'enlever les DRM. » (voir notre actualitté)

 

Rendez-vous en... 2084 ?

 

En juillet 2011, toutefois, J.K.Rowling, alors au faîte de sa gloire sans la concurrence de EL James, annonce l'ouverture de la boutique en ligne Pottermore, pour vendre les copies numériques de la saga du petit sorcier. Vendue à des millions d'exemplaires au format papier, mais consciencieusement piratée, l'oeuvre se faisait attendre dans sa version numérique « officielle ». Et coup de tonnerre, ou mystification générale, Rowling annonce l'absence de DRM sur les fichiers, contre un watermarking.

 

Kézaco ? Le tatouage numérique, expliquait alors Charlie Redmayne, PDG du site Pottermore, constituait une solution de confiance, laissant à l'acheteur l'ensemble des fonctionnalités liées au fichier numérique, contre une simple signature. Le procédé est aussi pacifique qu'un hippie sous morphine, et la communication redoutable, faisant passer Pottermore pour l'avant-garde.

 

Quelques mois plus tard, les résultats sont là : la réaction des acheteurs à la vue d'un fichier disponible gratuitement sur Internet parle d'elle-même : « Ils ont dit "Hé mec, voilà un éditeur qui fait exactement ce que l'on demande : pas de DRM, de l'interopérabilité, un prix raisonnable. Et d'ailleurs, tu n'es pas au courant que ton fichier est watermarké ? Ils savent qui tu es !" Et puis le contenu piraté a commencé à être signalé par la communauté, avant même que Pottermore réagisse », explique Redmayne. (voir notre actualitté)

 

Le watermark constitue bien un progrès, notamment sur l'accessibilité de l'ouvrage : il n'influe que très peu sur les caractéristiques techniques du fichier, ce qui permet de le synchroniser sur une plus large variété de machines, mais aussi d'en faciliter la lecture par des personnes en situation de handicap. Inutile, également, de se créer un compte chez des tiers, comme Adobe Digital Edition l'imposait.

 

Cependant, la MPT requiert plus d'informations en échange de ces facilités accordées. Sur Amazon, on détaille ainsi le tatouage lié à certains fichiers MP3 :

Ces identifiants peuvent comprendre un numéro Amazon aléatoire lié à votre exemplaire, le nom Amazon, les codes liés à l'album et à la chanson (UPC et ISRC), la signature numérique d'Amazon, et un identifiant pour déceler si le fichier audio a été modifié. La musique Universal Music Group comprend aussi dans l'identifiant les date et heure d'achat, et la première partie de l'adresse mail associée au compte Amazon, et ce afin que vous sachiez que ce fichier vous est personnel et unique.

Et sur Google Play, section Livres, on précise que des informations sont stockées dans un « Registre légal des livres » dont l'accès est soumis à une stricte procédure judiciaire... La connexion de la boutique au réseau social G+, même s'il n'est pas des plus usité, laisse l'imagination déborder quant aux mesures de surveillance que le revendeur serait capable de mettre en branle...

 

Des verrous qui tournent à vide, et qui en plus vous suivent à vie...

 

 




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