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Le travail typographique sur livres numériques : police, vos papiers

Lettres numériques - 14.01.2017

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La création typographique mobilise des forces créatrices sans cesse renouvelées. Dans le cas du papier, les expérimentations sont légion. Pour le livre numérique, les changements de police que le lecteur peut opérer à la volée troublent l’ordre établi. Pour autant, l’éditeur du texte ne doit pas négliger l’importance de la police choisie par défaut...

 

Matrices originales du Romain de l'Université de Jean Jannon

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

En papier, la mise en page d’un livre (texte justifié ou non, choix de la police et de sa taille, etc.) est un élément crucial qui peut faire toute la différence. Qu’en est-il en numérique ? Le choix de la police reste-t-il réellement pertinent pour les éditeurs au vu des nombreuses possibilités offertes par les supports de lecture ? Lettres Numériques vous livre cette semaine quelques conseils tant pour les éditeurs que pour les lecteurs.

 

Différence entre papier et numérique

 

L’une des plus grandes contraintes du livre papier réside dans son aspect figé : une fois votre livre imprimé, impossible de faire marche arrière, hormis dans le cas d’une réédition. Certains éléments, tels que le choix de la police, peuvent dès lors se transformer en véritables casse-tête pour l’éditeur. Pour le lecteur, une police mal adaptée peut en effet gâcher tout le plaisir de la lecture.

 

En numérique toutefois, les éditeurs bénéficient d’un champ d’action beaucoup plus large puisqu’ils peuvent à tout moment décider de mettre à jour leurs fichiers numériques s’ils décident de changer de polices spécifiques. Si les plateformes de vente ne prennent pas toutes en compte les changements de fichiers numériques à la même vitesse, la procédure est toutefois beaucoup plus souple et rapide que dans le monde du livre papier.

 

De nombreuses polices présentes sur les différents supports de lecture

 

À l’heure actuelle, tous les supports de lecture numérique (qu’il s’agisse d’une application de lecture ou d’une liseuse) proposent de nombreuses options qui permettent de modifier l’apparence du texte : taille de la police et des marges, justification du texte, choix de la couleur d’arrière-plan dans le cas des tablettes…

 

Loin d’être figé, le texte s’adapte aux choix du lecteur en l’espace de quelques secondes. Parmi toutes ces options, le lecteur a également la possibilité de changer la police de son ebook (exemple d’une liseuse Kindle ci-dessous). Actuellement, tous les supports de lecture proposent au minimum trois polices différentes.

 

 

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Le lecteur a donc la possibilité, à tout moment, de modifier l’affichage de l’ebook qu’il est en train de lire. Si la plupart des supports proposent des polices bien connues telles que Baskerville, Helvetica, Palatino, etc., d’autres ont également fait leur apparition, telle qu’OpenDyslexic, police entièrement conçue pour faciliter la lecture des personnes atteintes de dyslexie et dont nous vous avons déjà parlé dans Lettres Numériques (pour relire l’article, c’est ici).

 

Des polices dédiées

 

En dehors des polices classiques, certains grands acteurs du numérique ont également décidé de proposer leur propre police afin d’optimiser le confort de lecture de leurs utilisateurs. Parmi celles-ci, on retrouve quelques références.

 

Bookerly : sortie en 2015, il s’agit de la première police spécialement conçue pour les appareils Kindle. « L’utilisation des césures et d’un espacement plus lisse entre les mots vous permet de lire plus vite et de réduire votre fatigue visuelle. Le placement amélioré des caractères augmente la vitesse de reconnaissance des mots, quelle que soit la taille de la police. »

bookerly

Literata : cette police a été conçue par Google, en partenariat avec TypeTogether. Ici, l’idée de départ était de concevoir une police qui se rapproche le plus possible d’un rendu naturel et moins « mécanique »

 

literata

 

Kobo Nickel : cette police se retrouve sur tous les appareils Kobo. Comparativement aux polices mises au point par Amazon et Google, celle-ci semble malheureusement un peu moins aboutie (voir ci-dessous).

 

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Que faire en tant qu’éditeur ?

 

Finalement, ces possibilités techniques intégrées au support de lecture offrent aux éditeurs une plus grande flexibilité et leur permettent de se tourner très facilement vers des polices libres de droit. Deux options se présentent pour les éditeurs.

 

Choisir une police libre droit : étant donné que les supports de lecture permettent de changer en quelques secondes seulement la police d’un ebook et que certaines plateformes ont mis au point leur propre police qu’elles recommandent sur leurs supports de lecture, le plus simple pour l’éditeur serait de choisir une police libre de droit et supportée par tous (n’oublions toutefois pas que la police choisie par l’éditeur sera celle affichée par défaut et que tous les lecteurs ne sont pas nécessairement au courant de toutes les possibilités offertes par leur support de lecture).

 

5 livres à offrir à un graphiste 

 

Dernièrement, le magazine Fast Company a mené une enquête auprès de professionnels anglo-saxons afin de connaître leur avis sur les meilleures polices à utiliser pour ses ebooks. Si, chez Random House et chez Adobe Systems, c’est la police Baskerville qui est recommandée pour son confort sur des lectures de longue durée, les polices Georgia et Palatino semblent également faire partie des polices à privilégier ;

 

Rester sur des polices spécifiques : pour certains livres, la police fait partie intégrante du produit et ne peut être substituée par n’importe quelle autre police. Dans ce cas, l’éditeur peut toujours décider de les garder, quitte à ce que le lecteur finisse par la changer de lui-même s’il le souhaite.

 

 

Mélissa Haquenne

 

 

Via Lettres numériques