Le virage numérique ou le pacte scellé avec le diable

Julien Helmlinger - 10.04.2013

Lecture numérique - Usages - Jason Merkoski - Enjeux du numérique - Monopole


Si le débat semble rester ouvert quant à savoir si le développement de la lecture dématérialisée serait positif ou néfaste au livre en général, il est rare que les développeurs d'une technologie ne soient pas optimistes au sujet de l'avenir que leur création va apporter à l'humanité. Mais malgré tout, Jason Merkoski, l'un des membres de l'équipe à l'origine du premier Kindle, a fait part de son sentiment mitigé à l'égard de l'avenir d'un monde numérisé à outrance, ainsi que des géants du Web comme son ancien patron Amazon.

 

 

 

 

L'homme âgé de 41 ans, un des leaders de l'équipe ayant donné naissance au premier Kindle, se confiait ce lundi au New York Times, à l'occasion d'une semaine axée autour de la question de la destinée du livre. En parallèle de la publication numérique de son ouvrage Burning the Page : The eBook revolution and the future of reading, par Sourcebooks, en attendant la version papier d'ici l'été prochain.

 

Un livre qui tente à sa manière de répondre à la question de savoir si l'ebook cannibalisera son pendant imprimé, et d'imaginer quel sera le futur de la lecture, des bibliothèques et librairies, et de l'écrit d'une façon plus générale. Son interview livre quelques aperçus du fond de la pensée de l'auteur, sur l'industrie du livre numérique, et ce, depuis l'intérieur. 

 

Au sujet des géants que constituent des multinationales comme Amazon, Apple et Google, Jason Merkoski les présente comme autant de forteresses médiévales à leurs manières, des sociétés fermées plutôt qu'ouvertes. Il explique que ces firmes possèdent des bureaux pleins d'avocats, et qu'elles ne les ont certainement pas engagés sans raison, mais notamment pour protéger leurs secrets. Il évoque une véritable paranoïa provoquée par la course aux dernières technologies.

 

Le commerce de livres, une affaire de confiance

 

Comme il le rapporte, la confiance d'un lecteur envers son détaillant de livres se jouerait à trois niveaux distincts, énumérant la foi placée en la gestion de la censure par le revendeur, celle qui concerne le traitement des données personnelles du consommateur par le détaillant, et la troisième en la capacité du revendeur à sélectionner les bons titres.

 

Et l'auteur confie n'accorder sa confiance à aucun détaillant majeur d'ebooks lorsqu'il s'agit de gérer la censure d'ouvrages. Selon lui on ne peut placer la même foi en une société dirigée par des conseillers de gestion, que l'on ferait dans une structure gérée par de simples amoureux du livre comme le cas se vérifie plus souvent dans la boutique du quartier. C'est pourquoi selon lui il serait difficile d'aimer Amazon, comme le feraient avec leur enseigne favorite les clients d'Apple ou des librairies indépendantes.

 

Selon lui, en terme de prescription de lectures, un géant comme Amazon ne serait pas qualifié. Car les détaillants se contenteraient de promouvoir les livres populaires et non les bons ouvrages.

 

Finalement, il imagine qu'à l'avenir, le livre de format papier deviendra aussi rare que les vinyles aujourd'hui. Mais lui, il affirme qu'il reste attaché au format physique et ne se séparera pas de ses étagères de bibliothèque de si tôt.

 

Et quand on lui demande pourquoi il a quitté Amazon, l'auteur répond : « Travailler chez Amazon était comme obtenir un MBA et un doctorat en même temps. C'était une éducation incroyable. Ce sont les gens les plus intelligents avec lesquels j'ai jamais travaillé. Mais Amazon a un côté sombre aussi, comme si elle était la belle-mère moyenne de conte de fées. Il y avait cette pression pour offrir de superbes produits aux consommateurs. Cela rendait de nombreuses équipes très hagardes. Amazon est maintenu par l'adrénaline, des tableurs et des gens qui courent comme des fous. »