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Lecture en prison : Comment Gallica a aidé un détenu à s'évader

Antoine Oury - 20.02.2014

Lecture numérique - Usages - bibliothèques - établissement pénitentiaire - Gallica


Le sujet était lourd, mais la journée n'a pas manqué de raisons de se réjouir, et de moments plus légers. Aujourd'hui, l'Association des Bibliothécaires Français (ABF) tenait une journée d'étude entre les murs de la bibliothèque Marguerite Duras, sur les bibliothèques dans les établissements pénitentiaires. Et une petite anecdote a pu éclairer sur les usages possibles du livre numérique en prison.

 

 

Clotilde Charreton et Hélène Brochard - Journée d'étude de l'ABF sur les bibliothèques dans les établissements pénitentiaires

 Clotilde Charreton et Hélène Brochard (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Toute la journée, différents intervenants se sont succédé pour évoquer leur expérience : bibliothécaires, architectes, membres d'association... De nombreux points auront été abordés, qui rejoignent souvent les problématiques plus générales de la lecture. Et le livre numérique n'aura pas tardé à faire son apparition...

 

On s'en doute, la présence d'une bibliothèque et de livres ne peut que favoriser la réinsertion des détenus, une fois leur peine purgée. Mais le rôle de la lecture s'avère également indispensable entre les murs : l'activité permet de supporter un peu mieux la détention, mais aussi d'entretenir la vigueur intellectuelle et la santé mentale, tout simplement. Sans parler du lien social et du contact humain, avec les bibliothécaires ou les autres détenus.

 

Hélène Brochard, bibliothécaire à Lille, a été amenée, à travers une mission « Hors les Murs », à intervenir au sein de la prison de Sequedin. Elle raconte : « Il y avait un détenu condamné à une longue peine, et il avait besoin de travailler. Pour s'occuper l'esprit, conserver une activité... Il s'est donc lancé dans de gros travaux sur le féminisme du XVIIIe siècle. » Évidemment, la bibliothèque ne disposait d'une grosse réserve d'ouvrages sur le sujet : en moyenne, les bibliothèques en prison disposent d'un budget annuel de 2000 € pour les acquisitions...

 

Qu'à cela ne tienne : Hélène Brochard a contacté l'administration pénitentiaire afin d'obtenir un accès à Gallica, pour fournir le détenu en ouvrages libres de droits sur lesquels il pourrait travailler. « L'administration contrôlait les ouvrages, qu'elle gravait ensuite sur un CD-Rom, afin que le détenu puisse les lire sur son ordinateur personnel. » Une fois les contrôles de sécurité effectués, il a même s'équiper d'une liseuse, achetée sur ses propres deniers, et mener à bien son travail.

 

Cela dit, la lecture numérique reste encore à la marge, et encore plus en prison : l'idée de laisser les détenus accéder à Internet fait frémir, quand elle n'est pas d'emblée évacuée, quand bien même des solutions de limitations et de contrôles existent. 

 

Laurence Denis, professeure documentaliste à la Maison d'arrêt de Strasbourg, signale toutefois qu'un projet d'acquisition de lecteurs ebook a été mis en place avec la DRAC régionale. Les appareils pourraient par exemple faciliter l'accès à la culture écrite dans les quartiers isolés, qui sont encore moins bien pourvus au niveau des ouvrages, souvent vieux et abîmés.