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Lecture numérique : l'édition francophone encore peu concernée

Antoine Oury - 20.11.2013

Lecture numérique - Usages - lecture numérique - édition francophone - Primento


De passage à la Foire internationale du Livre de Francfort, l'éditeur numérique Primento a mené sa petite étude sur la place du support dans les stratégies des éditeurs, auprès de 535 professionnels du secteur (anglais, allemands, français, italiens, espagnols). Les résultats sont flagrants : l'édition n'accorde encore que peu d'attention à la lecture numérique, malgré une certaine conscience de l'évolution des usages.

 


Kindle tactile d'Amazon déballage

Une progression piano... (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'éditeur pure-player a interrogé 535 professionnels de l'édition sur leur rapport avec le livre numérique : celui-ci est visiblement ténu, puisque 60 % d'entre eux n'ont jamais lu sur un lecteur ebook ou une tablette, un chiffre qui grimpe à 70 % pour l'édition francophone. « Si leurs forces vives ne lisent pas et ne pensent pas ‘en numérique', les maisons d'édition ne peuvent saisir les opportunités de développement commercial et intellectuel qu'a à offrir ce secteur », souligne Thibault Léonard, fondateur de Primento, maison d'édition et distributeur de nombreux éditeurs belges.

 

Malgré tout, l'édition est loin de considérer le livre numérique comme une simple mode passagère : « 96 % des sondés le perçoivent positivement et comme un phénomène durable. Parmi ceux-ci, 81 % pensent que le livre numérique cohabitera avec le livre papier, alors que 15 % estiment qu'il s'y substituera, une opinion qui semble légèrement moins prégnante parmi les professionnels européens », note Primento.

 

Thibault Léonard semble par ailleurs sceptique vis-à-vis des secteurs qui sont souvent mis en avant comme seuls porteurs de l'édition numérique, l'éducation et l'édition professionnelle : « Les éditeurs sont néanmoins trop optimistes concernant l'éducation, ce domaine étant largement sous-financé et très conservateur lorsqu'il s'agit d'embrasser un changement. » À ce titre, Vincent Peillon annonçait en juillet, dans le cadre de la refondation de l'école, la création d'une filière d'édition numérique pédagogique. Mais, explique le fondateur de Primento, « Cet énorme chantier prendra ainsi encore de longues années si les pouvoirs publics n'en font pas une priorité. »

 

Les professionnels se montrent toutefois confiants quant à la capacité de leur société de s'emparer du numérique : 85,6 % d'entre eux ne s'inquiètent pas, 73 % si l'on ne tient compte que des éditeurs français travaillant pour des maisons d'édition de langue française. Le fondateur de Primento les incite tout de même à la vigilance : « [S]i les éditeurs refusent de prendre en compte cette évolution, ils risquent de perdre leur place privilégiée et de voir leur industrie se réorganiser sans eux, comme ce fut le cas dans d'autres domaines par le passé. »