Lecture sur écran et papier : des processus d'apprentissage complémentaires

Nicolas Gary - 11.06.2016

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Souvent au cœur des préoccupations, la différence de qualité de lecture entre écran et papier est analysée une fois de plus. Une étude suggère en effet que les deux pratiques seraient en réalité complémentaires, parce qu’elles apportent chacune des éléments distincts aux lecteurs. Deux types de mémorisation et d’apprentissage seraient alors en jeu dans la collecte des informations de lecture.

 

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Hernán Piñera, CC BY SA 2.0

 

 

L’étude menée par Geoff Kauffman, de la Carneggie Mellon University et Mary Flanagan, du Darmouth College, conclut en effet que les processus de mémorisations sont distincts selon les supports. En réalité, l’apprentissage et la lecture sur écran contribueraient à consolider des détails sur un sujet, tandis que sur papier, ils faciliteraient la compréhension de concepts abstraits. 

 

En somme, l’écran permet de saisir le qui et le quand, alors que le papier inclinerait vers le où et le pourquoi. « Nous ne savions pas à quoi nous attendre », assurent les scientifiques. « Certains de nos travaux ont montré que les gens avaient du mal à appréhender une grande quantité d’information, quand ils ont des activités sur un appareil numérique, par rapport au papier. » Mais de fait les 300 cobayes qui ont servi pour les quatre modèles d’expériences – ordinateurs et papier mis dos à dos – ont révélé bien plus que prévu. 

 

La pensée abstraite serait ainsi moins perçue à travers les écrans, que pour le papier. Des conclusions déjà entendues, mais qui jamais n’avaient envisagé que l’on puisse aborder une complémentarité. Et concrètement, posent les scientifiques, si l’on souhaite se rappeler de dates pour des événements, l’écran d’ordinateur serait plus efficace. En revanche, pour retenir les raisons pour lesquelles un événement s’est déroulé, et à quel endroit, le papier sera plus pertinent ! 

 

Du schéma d’analyse a émergé ce qui pourrait entraîner des modifications comportementales certaines. Cette double approche permettrait en effet de réconcilier les pédagogues et les détracteurs. 

 

« Les smartphones sont d’importants dispositifs pour avoir des informations arapides et concrètes, comme le nom d’un acteur ou d’un restaurant, que l’on cherche à se rappeler. Ils ne peuvent toutefois pas être les plus efficaces pour nous aider à retenir de grandes notions », indique Mary Flanagan.

 

Avec l’augmentation, partout dans le monde, du parc d’ordinateurs dans les classes, la disparition des manuels papier serait donc une erreur. L’approche pédagogique consistant à mieux utiliser chacun des supports servirait alors les intérêts de l’élève, en lui offrant les meilleurs outils, selon les objets d’étude.

 

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Bien entendu, les scientifiques ne tiennent pas pour acquises leurs conclusions, et assurent que de nouvelles études seront nécessaires pour cerner l’apport des médias numériques et la complémentarité possible.

 

Depuis des années, la question de l’incidence des écrans sur les capacités d’apprentissage a été discutée. Or, en terme de plaisir de lecture, sans appréhender la stricte mémorisation ou l’apprentissage, il semblerait bien que la préférence pour le papier soit strictement subjective. Dès 2011, des approches scientifiques tendaient à démontrer que la force de l’habitude jouait énormément dans le choix du support. 

 

On concluait déjà que l’information affichée sur tablette ou lecteur ebook est plus facile à traiter, que lorsqu’elle se retrouve sur une page imprimée. Aussi pourrait-on affirmer, en s’y fiant, que les réticences avancées n’ont rien de fondé en fait, assurait l’équipe de l'université Gutenberg, de Mayence. Elles proviendraient plutôt d’une résistance due à l’habitude de la lecture sur imprimé.

 

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