"Les 32 romans de Fantômas seraient aujourd'hui diffusés en numérique"

Nicolas Gary - 26.07.2014

Lecture numérique - Usages - Edouard Basey - autopublication ebook - KDP Amazon


Voilà deux ans, le romancier Édouard Brasey décidait de franchir le cap numérique, en proposant un de ses livres en autopublication. Durant trois mois, le titre, La prophétie de Pierre, avait été mis en vente sur Amazon,  générant par la suite quelque 3000 ventes. Profitant d'une certaine actualité, le livre imprimé et paru en janvier 2013, aux éditions Télémaque,  connut ensuite un vif succès. Et pour cause : trois semaines plus tard, arrivait la renonciation de Benoît XVI.

 

 

Piazza de San Pietro, Vaticano

estereoeo, CC BY 2.0

 

 

Le succès est une bête capricieuse. Lorsqu'en avril 2012, Édouard Brasey tentait l'aventure numérique, c'était avant tout pour l'expérimentation. « Les éditeurs avaient exprimé un certain désintérêt pour le livre : ils lui reprochaient quelque chose de trop Dan Brown, ou estimaient que le Vatican était passé de mode. » L'autopublication devenait la solution pour vérifier si ces derniers avaient du flair : les conclusions se sont imposées. 

 

La réussite est là, au point que le titre fini par sortir chez Télémaque, sous le nom Le Dernier Pape. « N'ayant pas cédé les droits numériques à Télémaque, j'ai remis le roman sur Kindle, où il est demeuré en bonne place des classements, notamment aux États-Unis sur Amazon.com. Et deux ans après sa parution, il demeure en dessous de la 30eme position dans le genre "Action & Adventures in French". »

 

Du tremplin vers l'édition à la professionnalisation

 

À l'époque, l'autopublication représentait avant tout « un tremplin pour trouver un éditeur. Nous traversons une époque difficile, pour les éditeurs, pour les auteurs, qui sont les premiers à souffrir de la situation. Vendre son livre en autopublication devient la solution pour faire connaître l'oeuvre et trouver un public - tout en vérifiant l'intérêt que les lecteurs peuvent lui porter ». Mais c'était aussi « une autre manière de publier ». 

 

Juillet 2014. Plus de deux années se sont écoulées, et Édouard Brasey se lance de nouveau, fort de cette première tentative. « J'ai décidé de réviser entièrement mon roman et d'en changer la fin, en intégrant notamment l'élection du nouveau pape François. Cette nouvelle version, Le Dernier pape et la Prophétie de Pierre, est en vente en nouveauté sur Amazon à 2,68€. »

 

Il s'agit là du montant minimum, imposé par la firme américaine, pour un auteur qui souhaite disposer de 70 % de droits sur ses ventes. « J'aurais pu le mettre à 0,99 €, mais j'ai considéré que ce montant était déjà assez bas, et que finalement, le retravail du texte justifiait ce montant. » Quant à la révision, c'est un changement intégral de la fin - le premier roman intervenait avant la renonciation, et donc une mise à jour, plus actualisée. Il comprend également des éléments de la version papier, ainsi que des modifications apportées par l'éditeur papier, « des phrases qui avaient été supprimées, et qu'il m'importait de retrouver ». 

 

 

"Devenir auteur hybride, c'est une réponse à l'état de l'édition. Cela montre que l'on ne trouve pas que des manuscrits refusés par les maisons. Ensuite, cet outil permet aux auteurs d'aujourd'hui de tirer leur épingle du jeu, en touchant les lecteurs."

 

 

Passant par le système Kindle Direct Publishing Select, il lui a également été possible de profiter de cinq journées de gratuité pour le titre, ainsi que d'amorcer la venue, en septembre prochain, de l'offre d'abonnement Kindle Unlimited, récemment dévoilée. Tout en obéissant « aux réglementations un peu complexes de ces grands acteurs américains », et notamment l'obligation d'une exclusivité chez Amazon durant trois mois.

 

« Devenir auteur hybride, publié chez un éditeur traditionnel, mais également en autopublication, c'est une réponse à l'état de l'édition. D'abord, cela montre que l'on ne trouve pas que des manuscrits refusés par les maisons, dans l'offre des indépendants. Ensuite, ce outil permet aux auteurs d'aujourd'hui de tirer leur épingle du jeu, en touchant les lecteurs. »

 

Success story et auteurs indépendants

 

Cette autopublication offre aussi des solutions appréciables, en termes de délais. « Le rythme de l'édition traditionnelle est très lent : il est difficile de publier plus d'une nouveauté par an. Le livre est programmé des mois à l'avance, la mise en place dépend de facteurs qui échappent à l'auteur… L'autopublication permet de retrouver une autonomie, une souplesse et une grande liberté qui favorisent l'innovation et la créativité.

 

On peut oser publier des livres qui ne se situent pas dans le mainstream d l'édition : des genres dénigrés ou réputés moins populaires aujourd'hui (la science-fiction par exemple), des novellas d'une centaine de pages, des nouvelles, des séries… On en revient en fait à l'édition du XIXe siècle où les auteurs publiaient tout d'abord dans des revues sous forme de chapitres, puis en livre. Les 32 romans de Fantomas de Souvestre et Allain, écrits en deux ans, seraient aujourd'hui diffusés en numérique, j'en suis convaincu. »

 

 

 

Et le numérique, c'est également la possibilité de mise à jour, et de modification du fichier. La nouvelle version devrait ainsi être prochainement modifiée, pour intégrer, à titre de bonus, la fin précédente du livre. Une option, et un cadeau pour le lecteur, qui ne peuvent qu'être appréciés. « Je crois en effet au développement du numérique chez les "indés", mais à mon sens les "success story" dans le genre sont plutôt américaines (Fifty Shades of Grey). Cependant, il n'y a pas de raison pour que cela ne se produise pas en France aussi », nous assure-t-il.

 

« De nombreux lecteurs ne mettraient jamais 20€ dans un livre, tandis qu'à 2,68€, surtout si le livre est bien classé et bien noté, ils peuvent se laisser tenter. C'est un geste envers le lecteur pour lui proposer de la lecture (j'espère de qualité) à moindre coût. En retour, cela permet de toucher de nouveaux lecteurs dans un cercle beaucoup plus large, qui seront peut-être les lecteurs de demain. » 

 

La suite, ou les suites, seront littéraires, évidemment, avec de futurs projets de livres, qui partiront des plateformes d'autopublications, mais également la structure, et la professionnalisation de l'activité. « Je suis un auteur professionnel, et mes romans, vendus chez Calmann-Lévy, me font percevoir des droits d'auteur. Or, quand on est indépendant, comme dit Amazon, il y a des questions juridiques et fiscales qui peuvent poser problème. » 

 

L'idée de créer une entité juridique autour de ses propres livres, fait son chemin. Tout comme la diffusion du livre révisé. À cette heure, il est numéro 1 des livres gratuits dans le domaine littérature sur Kindle. Pourquoi se priver de l'essayer ?