Les 55 ans et plus, grands lecteurs numériques, pour le bonheur des revendeurs

Clément Solym - 04.03.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - Michael Tamblyn Kobo - démographie lecture numérique - retraités temps lecture


PDG de Kobo depuis novembre 2015, Michael Tamblyn est la personnalité que l’on s’arrache dans le monde numérique. Avant d’intégrer l’entreprise, il avait fondé Booknet Canada, une organisation au cœur de la chaîne logistique du secteur du livre au Canada. Il était aussi derrière la première librairie en ligne du Canada, Bookshelf.ca. Désormais, il incarne une voix dans le paysage de la lecture numérique.

 

Michael Tamblyn (Kobo) - London Book Fair 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

À l’occasion de l’IPG Spring Conference, Tamblyn est intervenu pour évoquer les ventes de livres numériques, bien entendu. Une analyse qui intervenait la veille de la présentation par l’Association of American Publishers, des résultats de vente 2015. Comme les statistiques tendent à en rendre compte depuis plusieurs mois, les ventes de livres numériques sont en baisse de 12,3 % (- 44,7 % pour les livres jeunesse et jeune adulte, - 6,5 % pour les livres adulte), au profit du format poche dont les ventes augmentent de 12,4 %, annonçait l’AAP

 

On sait désormais que ce recul des ventes est intrinsèquement lié à la hausse du prix au détail, depuis que les éditeurs ont révisé leurs contrats avec les revendeurs. Et tout particulièrement avec Amazon. Mais Tamblyn porte un autre son de cloche : plutôt que de montrer le verre qui s’est vidé, il considère que l’ebook réalise désormais entre 20 et 30 % des ventes de livres. 

 

Et à ce jeu, le nouveau patron de Kobo est plutôt enthousiaste. Revenant sur quelques données, il rappelle que les utilisateurs de ses produits sont à plus de 50 % des lecteurs autour de 55 ans, et 30 % de retraités. De quoi abonder dans le sens des dernières études, démontrant que les lecteurs ebook ont tout particulièrement la cote chez les baby-boomers.

 

Une enquête de eMarketer évaluait en effet le marché de 2014 jusqu’en 2020, avec une croissance continue pour les eReaders, que l’on a hâtivement enterrés. Ainsi, la croissance des lecteurs ebooks devrait être de 3,5 % pour cette année 2016, avec 86,3 millions d’acheteurs.

 

Le temps de lecture disponible

 

Pour Tamblyn, « les gens de 55 ans et plus sont les fers de lance du marché numérique, pour la première fois. Ce type d’information, expliquant ce à quoi le client ressemble, change tout pour nous ». Et loin d’être un sujet de préoccupation, ces données démographiques sont profitables. Les baby-boomers sont en effet à une période de leur vie, « où ils ont plus de temps pour lire ». Or, l’afflux de futurs retraités risque de ne jamais s’endiguer : « C’est un tapis roulant qui apporte de nouvelles recrues en permanence. Les gens pratiquent plus la lecture, à mesure qu’ils vieillissent. »

 

D’autant que le numérique est un soutien dans la lecture, intervenant comme un complément : les gens aiment le papier, l’imprimé, le contact avec les libraires. Et les livres restent des cadeaux qu’ils apprécient de (se) faire. Bien des genres n’ont d’ailleurs pas encore démarré, comme la photographie, ou les livres de cuisine. 

 

Mais quand on l’interpelle sur le fait que l’industrie du livre soit moins encline à l’innovation que celles du cinéma ou de la musique, Tamblyn est tout sourire. Le livre « n’a pas besoin d’une révolution massive dans le domaine de l’innovation, nous devons juste apprendre à mieux vendre ». Simplement parce que l’objet est en soi un outil « étonnamment durable ».

 

Conclusion ? « Ce n’est sans doute pas la fin du monde, et probablement pas la fin de l’industrie telle que nous la connaissons. Mais pour le livre numérique, c’est probablement la fin du début, et je trouve cela normal. Nous disposons aujourd’hui de quatre méthodes pour vendre des livres : la boutique de brique et de mortier, l’impression le livre audio, et l’ebook. Et aucune d’entre elles ne se distingue : chacune offre une série d’options presque infinies pour répondre à la question : “Que dois-je lire ensuite ?”. »

 

La question est donc de savoir comment conseiller au mieux, et parvenir à capter l’attention des lecteurs. Pas mince, comme enjeu... surtout que, pendant ce temps-là, Dark Amazon Vador prépare, selon certains, « un hiver nucléaire dans l’industrie du livre ».

 

(via The Bookseller)