Les 8-14 ans, une génération de “smartphone natives” qui lit peu sur écran

Antoine Oury - 01.06.2017

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L'Hadopi, Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet, publie les résultats d'une étude qualitative menée en Île-de-France en novembre et décembre 2016 auprès des 8-14 ans pour mieux cerner leurs pratiques culturelles sur smartphones. Elles sont intensives, certes, mais centrées sur le streaming vidéo, avec YouTube en tête, et se caractérisent par la gratuité. Et la faible place accordée à la lecture.

 
Sasha playing a smartphone
(Oleg Afonin, CC BY 2.0)
 
 

Selon l'Hadopi, les 8-14 ans, nés entre 2002 et 2008, donc, font partie de la première génération qui a « toujours connu l’Internet mobile et le téléphone portable ». Pour tenter de cerner et de comprendre leurs pratiques culturelles, l'Hadopi a mené une étude qualitative sur les pratiques culturelles dématérialisées des 8-14 ans menée en Île-de-France en novembre et décembre 2016 auprès d’un échantillon de 63 enfants âgés de 8 à 14 ans (du CE1 à la 3e), « à travers 28 entretiens de 2 heures par paire ou triade d’amis, réunis par genre (filles, garçons) ».

 

Les résultats sont à prendre avec des pincettes, parce qu'ils concernent des Franciliens, donc, mais aussi des enfants plutôt habitués au contact de la culture : les enfants sélectionnés devaient être au contact « d’au moins deux biens culturels dématérialisés parmi les suivants : musique, films, séries TV, jeux vidéo et livre numérique (a minima une fois par semaine) ».

 

Les résultats de l'étude font du smartphone l'accès privilégié de cette génération aux contenus culturels : l'appareil ne les quitte pas, avant tout pour la musique, omniprésente, et pour les vidéos courtes et les jeux, plébiscités dès qu'une pause se présente. Films et séries TV sont regardés lorsque plus de temps est disponible, le soir, le mercredi après-midi ou le week-end. Comme, « [d]ans une moindre mesure les livres, peu évoqués par les enfants interrogés ».

 

Pourquoi ce désamour ? D'abord, parce que l'habitude de lire un livre sur un écran n'est pas installée : on lit, certes, mais uniquement les posts sur les réseaux sociaux, ou à la limite, des articles. La lecture longue, elle, semble réservée au papier. D'ailleurs, l'étude d'Hadopi le note bien : les formats courts, voire très courts, sont privilégiés, y compris pour le streaming vidéo.

 

Autre facteur d'explication : la gratuité. Là encore, YouTube tire son épingle du jeu avec un accès totalement gratuit — à l'exception des visionnages de publicités, bien sûr. Certes, il existe sur le web des livres gratuits, à travers des plateformes comme Wattpad, ou des titres du domaine public librement accessibles, mais leur usage semble marginal chez les 8-14 ans.

 

L'étude cite aussi la facilité d'accès aux contenus : YouTube ou Deezer s'ouvrent en quelques clics, tandis que la lecture d'un livre numérique réclame un peu plus de manipulations. Le désintérêt pour le livre numérique permet aux œuvres d'échapper au téléchargement illicite, qui s'installe dans les pratiques à partir de 12 ans. À ce titre, l'Hadopi souligne évidemment le rôle de parents dans l'apprentissage du droit d'auteur et de ce qu'il est possible de faire ou de ne pas faire avec les œuvres.
 

Faire la lecture aux nourrissons ne peut pas faire de mal, bien au contraire

 

Autre indication de l'Hadopi utile aux parents : d'après les résultats de l'étude, les enfants de 8 à 12 ans ne sont pas tellement à l'aise avec les appareils et avec le web, et limitent leurs usages à YouTube et à quelques recherches Google. « C’est encore souvent l’entourage qui “fournit” les œuvres aux enfants, y compris de manière illicite, pour les protéger des risques associés à ces sites », indique l'étude pour les enfants jusqu'à 12 ans.

Autrement dit, ce sont aussi les parents qui choisissent les œuvres pour leurs enfants, et aiguillent leur curiosité. Et pourraient donc les inciter à plus de lecture sur les écrans...