Avec comiXology, la bande dessinée numérique est livrée aux mains d'Amazon

Nicolas Gary - 11.08.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - bande dessinée - numérique comiXology - Amazon ventes


En 2014, Jeff Bezos faisait main basse sur comiXology, distributeur de BD numérique, et acteur leader dans le domaine. Durant cette même année, estimait iCV2, le marché franchissait la barre des 100 millions $ de chiffre d’affaires. Et après l’acquisition, on estime qu’Amazon en a récolté 90 %. Chiffre difficile à confirmer, mais la stratégie de déploiement, elle, est bien là.

 

Appli Lanfeust ComiXology

Application Lanfeust, réalisée par comiXology - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Ce fut l’une des premières mesures : empêché les achats in-app pour iOS et Android, et priver les usagers de l’application comiXology de cette solution. Mais pour Amazon, la stratégie était surtout de ne plus reverser 30 % des ventes à Apple ni Google. Et couper les vivres, quel qu’en soit le débit. 

 

En juin 2015, Marvel annonçait que son partenariat avec comiXo était renforcé, ajoutant quelque 12.000 titres au catalogue d’Amazon. Or, la Maison des Idées dispose de plus de 40 % du marché du comics outre-Atlantique. Avec un avantage démentiel : ses BD sont autant de portes ouvertes aux produits dérivés, dont les blockbusters hollywoodiens sont la manifestation la plus lucrative. 

 

Google et Apple, privés de cette manne, doivent faire grise mine. Pourtant, la stratégie ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Depuis plusieurs mois, comiXology a mis un terme à ses solutions de marque blanche pour éditeurs de taille moyenne, ou petite. Ces derniers ont ainsi été poussés vers d’autres prestataires, de sorte que seules quelques grosses franchises restaient sous contrat. On peut imaginer que l’exclusivité Marvel était à ce prix-là...

 

Dans le même temps, comiXo a également verrouillé l’accès aux éditeurs ayant signé des accords de distributions avec d’autres opérateurs. Et surtout ceux qui tentent de concurrencer les fournisseurs numériques. Ainsi, la Kodansha signait avec Madefire, pour la commercialisation des fichiers numériques, de même que IDW. 

 

Suivre le sens de la marche, ou... ne plus marcher

 

Et ces deux acteurs ne retrouvent plus leurs titres parmi ceux de comiXology. Les lecteurs sont ainsi contraints de gérer deux types de bibliothèques, pas vraiment confortable ni pratique. Et comme Madefire n’a pas encore pris l’ampleur que l’on pouvait lui souhaiter, il est possible que le rouleau compresseur comiXology finisse par tout aplanir. (via Publishers Weekly)

 

Et malgré la disparition des ventes dans les applications iOS ou Android, Amazon semble avoir posé des marques et les nouvelles bases d’une domination future. Parce que les solutions ne sont pas bien nombreuses, et expliquent certainement le choix du groupe Delcourt/Soleil que de travailler avec l’opérateur américain.

 

Les maisons seront certainement poussées, avec le temps, à renoncer à la vente de leurs BD numériques, par le biais d’applications, et encouragées – gentiment, hein – à consolider la boutique comiXology. Autrement dit, Amazon.

 

Le groupe français avait en effet choisi le numérique, et la traduction de ses oeuvres en anglais, pour approcher le marché. 

 

Guy Delcourt, le PDG, expliquait : « Faire imprimer tout de suite serait très difficile, en raison de problèmes de distribution. Encore une fois, avec le soutien de comiXology, il est relativement facile de produire des traductions US et de les rendre disponibles. De plus, il y a une grande dynamique pour la bande dessinée numérique aux États-Unis maintenant, mon espoir est que quelque part certains de ces livres seront en impression, en fonction du succès du numérique. »

 

Et la messe est dite.