Les adolescents ont la chance de ne pas aimer les livres numériques

Clément Solym - 02.06.2016

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Trop souvent, les adultes se refusent à poser simplement les questions qui les préoccupent à leurs adolescents. L’assurance d’être reçu avec un haussement d’épaules et un soupir, accompagnés des yeux levés au plafond... Pourtant, ces mêmes adolescents, selon tous les sondages et enquêtes effectués, semblent préférer les livres imprimés. Et pas les lecteurs ebook ? Mais pourquoi ? POURQUOI ?? Autant leur poser la question.

 

Before Cell Phones - A Quieter Life

Jackie, CC BY 2.0

 

 

En 2015, une enquête réalisée par la Bookseller Children’s Conference auprès d’un public de 16/24 ans démontrait que 64 % de ces jeunes préféraient les livres imprimés. Seuls 20 % n’avaient aucun souci à s’emparer de l’un ou l’autre support – ni préférence. Le numérique, à tout crin, les écrans, les smartphones, les réseaux sociaux, les snapchat et consorts : pourtant, le livre numérique, lui, ne parvient pas à gagner le cœur des plus jeunes. 

 

D’ici la fin de l’année 2016, les estimations tablent sur 2,13 milliards de comptes à travers les réseaux sociaux actuels. Aujourd’hui, on recense déjà 44 millions d’abonnés à Netflix à travers le monde. 

 

Ce n’est pas simplement l’appareil de lecture qui est refusé – le lecteur ebook avec son écran noir et blanc. C’est le format dématérialisé des livres qui ne parvient pas à convaincre. Le Guardian tend à croire que le contact avec l’objet livre reste quelque chose d’irremplaçable, et qu’après tout, même la Génération Y s’y montre sensible. Elle a grandi avec des films piratés sur les réseaux, de la musique en MP3, mais elle n’est pas encore coutumière des livres numériques. Logique. 

 

En réalité, si les jeunes sont plus à même d’adopter l’ebook, ils ne le font pas : mieux, ils en sont loin. Kobo, fournisseur d’appareils de lectures et libraire estimaient que près de 75 % de ses clients les plus actifs sont des femmes de plus de 45 ans. Très loin des Millennials, peu s’en faut. Elles passent plus de 30 minutes par jour à lire. Mais globalement, 77 % des plus actifs sur l’appareil ont 45 ans et plus – un dixième des 28 millions d’utilisateurs revendiqués. Mais tout de même...

 

Les jeunes Britanniques, d’après l’étude de 2015, pointaient déjà que les ebooks devraient être moins chers que les livres papier, beaucoup moins chers. Et à ce titre, quand ils découvraient des exemplaires vendus au même prix, ils se désintéressaient un peu plus encore du format. 

 

Certes, les appareils à base d’encre électronique ne représentent pas une panacée en termes de technologie – dans le sens où un iPhone restera plus sexy qu’une liseuse. Mais un smartphone peut tout à fait lire un fichier numérique : l’ebook ne devrait pas avoir de peine à rentrer dans les téléphones. 

 

Les adolescents et la lecture numérique resteront un mystère. D’ici à ce que la prochaine génération bouscule les idées reçues...

 

Après, les adolescents ne sont pas à un paradoxe près, ni même une contradiction. En effet, dans une enquête de 2012, ils étaient 17 % à avouer qu’il était honteux pour eux d’être vu, par leurs camarades, avec un livre en main. Et plus spécifiquement chez les garçons ! Seuls 33,5 % des jeunes de 14 à 16 ans estiment que la lecture est encore une activité cool, confortant une autre étude, touchant les enfants de moins de 11 ans.

 

Si l’on prend en compte ces données, avec le manque de sex appeal des lecteurs ebook, on pourrait en conclure rapidement que le livre reste un objet qui a du mal à convaincre les jeunes. 

 

La chance du choix

 

Et pourtant... on se gratte volontiers la tempe, perplexe. Ces appareils de lectures, ces outils, ce format numérique : n’est-ce pas un luxe occidental que de pouvoir le refuser, voire le dénigrer ? Évidemment, la question ne se pose pas de savoir ce que l’on préfère entre papier et numérique quand rien n’existe en matière de choix. 

 

Ainsi, on pourrait évoquer l’association Worldreader, qui propose des appareils Kindle en Afrique. Susan Moody, de l’organisation pointait tous les avantages de cette machine dans des pays africains : « Avec Kindle, fini les bibliothèques vides et les enfants qui n’ont pas de quoi lire. Ils ont la possibilité de transporter une bibliothèque avec eux, où qu’ils aillent. » Cela implique de travailler avec Amazon, certes, et d’opter pour un écosystème propriétaire, re-certes. 

 

« Les enfants ont tout de suite compris comment se servir du Kindle. Ils sont habitués aux téléphones portables, ce genre d’appareil ne les déstabilise pas. En quelques minutes à peine, ils téléchargeaient des livres et se mettaient à lire », indiquait-elle. Électricité et connexion internet sont indispensables, et dans ce cas, on peut s’interroger : sont-ce là les priorités qu’il faut considérer pour l’Afrique ? « On peut enfin s’imaginer que chaque enfant peut avoir accès non seulement à des livres, mais à une sélection de plusieurs milliers d’ouvrages de littérature du monde entier », concluait Susas Moody.

 

Finalement, on en conclurait bien volontiers que l’orientation des jeunes pour les livres papier représente une véritable chance – celle d’avoir le luxe de pouvoir préférer lire sur du papier, et passer du temps sur un écran, pour toute autre chose...