Les auteurs bernés par un séduisant chant des sirènes

Clément Solym - 05.03.2012

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« Quiconque pense qu'Amazon est ici pour aider les auteurs est un imbécile » : c'est la réponse salée de Jim C. Hines, un auteur de romans fantasy aux déclarations non moins sulfureuses de Joe Konrath, un champion de l'auto-édition. Ce dernier se plaignait sur son blog des « plaintes insupportables » dont est victime Amazon, avançant que la plateforme avait de sérieux avantages face aux éditeurs traditionnels. Les auteurs entrent dans la bataille, et ne sont pas les moins farouches.

 

À la question « Est-il possible de vivre de l'écriture de fictions ? », J.A. Konrath répond « Oui » sans hésiter une seule seconde. En juin 2009, cet auteur de thrillers et de romans horrifiques était déjà en tête des ventes du Kindle Store, et s'est donc fait depuis quelques années le défenseur de la ligne éditoriale d'Amazon. 

 

Face aux éditeurs traditionnels, celui-ci engrangerait les qualités, avec en première ligne la technologie :  « Ils ne sont pas les leaders parce qu'ils vendent à bas prix. Le prix est juste un atout pour attirer le consommateur. Le service est un autre atout. La qualité en est un autre. Mais le meilleur atout reste la technologie » écrit J.A. Konrath tout comme s'il plaidait devant la Cour Suprême. Dans un billet intitulé  Amazon vous détruira tous, il enfonce le clou : « Amazon vous mangera tous au petit-déjeuner parce qu'ils ne pensent pas à gagner de l'argent aujourd'hui. Ils pensent au moyen de gagner de l'argent en 2018. »

 

Amazon rend les auteurs chèvres, alors forcèment...

 

 

Il est certain qu'Amazon a anticipé avec brio le virage numérique : dans un sens, c'est même lui qui en a défini les contours en se reposant sur sa clientèle quand il a lancé fin 2011 la bibliothèque de prêt Kindle, qui permet aux adhérents de son programme Amazon Prime (79 $ par an) d'accéder « gratuitement » à un ensemble de titres.

 

À cette politique de fidélisation particulièrement efficace (une fois l'abonnement payé, le consommateur ne se tourne plus vers les concurrents) s'est ajoutée celle des prix réduits qui a fait la renommée du site. Et c'est justement cette recherche effrénée de la meilleure offre qui est aujourd'hui au coeur de la saga d'Amazon éditeur contre les autres : éditeurs, auteurs et librairies, qui se sentent lésés, voire dépossédés par le géant du e-commerce.

 

Un auteur de plus, Jim C. Hines, fait ainsi état de la perte de contrôle totale dont il a été victime : Amazon a fixé lui-même le prix de son ebook à 0,99 $, sans qu'il ne soit consulté. Il raconte sur son blog : « Ce n'était pas la première fois que j'avais du mal à contrôler le prix de mon livre numérique. J'avais mis Goblin Tales en soldes pour les vacances, avant de revenir au prix initial en janvier. Enfin, j'ai essayé. Seul Kobo a été lent pour fixer le nouveau prix, mais étant donné que les conditions de vente d'Amazon leur permettent de fixer le montant le plus compétitif, Goblin Tales est resté à 0,99 $ pendant plusieurs semaines. »

 

Hines confie qu'il a du coup gagné « 1/6 des royalties que je touche normalement sur chaque vente (35 % de 0,99 $) ». Une misère, mais qui ne touche que ses publications autoéditées. « Amazon peut calculer les droits d'auteur par rapport au prix de vente sur le marché, et non par rapport à votre prix de vente », conclut-il, insinuant que le géant de l'édition numérique ne fixe des règles « que pour pouvoir les changer ». Probablement le meilleur atout du leadership.