Les coups de coeur en vidéo : quel pouvoir ont les booktubers ?

Association Effervescence - 02.02.2016

Lecture numérique - Usages - booktube vidéo - critique livres internet - internautes lecteurs


Chaque semaine, ActuaLitté et l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du  master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donnent rendez-vous. Retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique réalisée par les étudiants de la formation, mettant en lumière les nouvelles problématiques liées au numérique dans le monde de l’édition. Cette semaine, une réflexion sur les booktubers.

Paloma Grossi et Salomé Dolinski

 

 

 

Ils envahissent la toile et les médias, mais qui sont-ils vraiment  ? 

 

Le néologisme « booktubeur » provient de la contraction de « book » et de « YouTube », la plateforme de prédilection de ces néo-critiques. Cette nouvelle communauté marche dans les traces des blogueurs mode ou beauté qui ont prit d’assaut la Toile ces cinq dernières années. En clair, un booktubeur est une personne qui partage ses derniers coups de cœur livresques en vidéo. 

 

Le phénomène est né aux États-Unis en 2009 et connaît un vif succès en France depuis un peu plus d’un an. Les deux chaînes les plus suivies (Les lectures de Nine et FairyNeverland) cumulent chacune environ 20 000 abonnés et près d’un million de vues pour toutes leurs vidéos. 

 

En plus de la classique présentation d’un livre, de nombreuses pratiques communes à tous les booktubeurs rendent les vidéos très interactives. Le bookhaul, ou « butin de livres  », le unboxing qui consiste à déballer un colis de livres en live devant la caméra, le bookshelf tour, une présentation de la bibliothèque du booktubeur, ainsi que nombreux challenges de lecture que les blogueurs se lancent entre eux. 

 

Mais qui sont-ils et quels sont leurs genres de prédilection  ? Si l’on devait faire un portrait-robot d’un booktubeur, ce serait une jeune fille d’une vingtaine d’années, quelques garçons exerçant néanmoins (le Rouquin Bouquine). 

 

Les genres de littérature qui dominent restent la YA, young adult literature, le fantastique et les polars, les vidéos séduisent d’ailleurs en majorité un public d’adolescent nourris aux séries de type Hunger Games ou Divergente

 

 

 

Ces vidéos n’ont pas vocation à remplacer les critiques littéraires puisque les choix de lecture sont très personnels. Cependant les dizaines de milliers de vues obtenues par les blogueurs les plus connus ont encouragé le monde de l’édition à se tourner vers cette nouvelle pratique, et les éditeurs à leur envoyer des services de presse.

 

Mais la rumeur commence à enfler sur le net  : certains booktubers voudraient se faire rémunérer. Après tout, les journalistes le sont pour leurs articles et leurs critiques, qu’ils fassent s’écouler les stocks des librairies ou pas. Alors pourquoi les booktubers ne feraient-ils pas payer leurs vidéos comme des piges  ? Parce que le système économique d’un magazine de presse ou d’une émission de radio n’est pas le même que celui de YouTube. Pour le moment, les éditeurs et les booktubers fonctionnent par échange de bons procédés  : les premiers envoient un service de presse gratuitement, les seconds en font une vidéo quand le livre leur a plu.

 

Une fois la vidéo postée sur la plateforme dédiée, les booktubers les plus populaires sont visionnés parfois plus d’un million de fois, mais ont-ils un véritable pouvoir de prescription  ? Les booktubers font-ils vendre les livres  ? Nous avons vu que le young adult et le fantastique étaient surreprésentés, les titres critiqués sont souvent les mêmes et ont déjà fait l’objet d’une campagne de promotion importante. La jeunesse commence à émerger, mais souvent au prix d’un long travail. Il semblerait donc que les booktubers aient un pouvoir de prescription certain, mais qui relèverait plus de l’amplification que de la découverte ou de la révélation.

 

À quoi cela est-il dû ? Rien de nouveau sous le soleil éditorial, les maisons les plus importantes ont les services de presse les plus complets  : personnel dédié, moyens, réseaux, etc., ainsi, elles touchent davantage les booktubers que les maisons d’édition de taille plus modeste. De plus, le nombre de ces néo-critiques n’a cessé de croître depuis l’année dernière, il est donc difficile pour les néophytes de savoir à qui se vouer.

 

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À mardi prochain !