Les ebooks à la rescousse de la presse papier et magazine

Clément Solym - 15.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - ebooks - presse - édition


Tandis que la presse se débat toujours, entre freemium et paiment à l'article, pour trouver son modèle économique sur Internet, la démocratisation des tablettes et des ebooks favorise l'édition et la distribution de livres numériques par les organes de presse et les magazines.


Qui aurait pu prédire une idylle aussi improbable ? Peut-être Ismael Nafria, directeur des contenus numériques au journal catalan La Vanguardia, qui a édité... cent ebooks depuis novembre dernier ! Un rythme que beaucoup d'éditeurs pourraient envier, et une large gamme d'offres, de la nouvelle gratuite à la fiction au long cours pour 5,99 €.

 

« Nous sommes constamment à la recherche de nouvelles sources de revenu, mais aussi de nouvelles façons d'intéresser notre lecteur avec du contenu de qualité » explique Nafria. « En Espagne, le marché du livre numérique est encore balbutiant, mais sa croissance commence à prendre de la vitesse. Je suis sûr que certains seront surpris par l'évolution du marché ».

 

Le site de La Vanguardia propose ses ebooks en version Kindle (Mobi), ePub ou PDF, et permet généralement la lecture gratuite d'un chapitre de l'ouvrage. Dans le catalogue, on trouvera aussi bien L'art difficile de l'éducation, un essai à destination des parents, que Le naufrage, un document sur la déroute des socialistes à Barcelone. Proposer du local et du plus généraliste, tous les genres, et surtout, dans des formats souples semblent être les règles de ce nouvel e-commerce.

 

Promis, on a aussi lu les ebooks de Libé

 

En France, Libération a tenté le pari de l'édition d'ebooks il y a un peu moins d'un an avec le carnet de campagne de Nicolas Hulot, suivi de près par une biographie de François Hollande. À l'occasion des présidentielles, Libé a récidivé avec 5 ebooks de « chroniques » tirées du site Internet où elles furent publiées d'octobre 2011 à janvier 2012 environ. (voir notre actualitté) Le but étant pour le quotidien de créer « un nouveau format, plus long qu'un article mais plus court qu'un livre » : un « enjeu de fabrication » pour l'équipe chargée des contenus numérique, qui a proposé dès 2010 des informations enrichies via l'application Libé pour l'iPad.

 

Avec 5 000 téléchargements environ pour ses 5 ebooks, Libération confirme l'engouement pour une lecture numérique. Les retours du public « sont très bons », aussi bien du côté des abonnés que des lecteurs occasionnels. Cependant, on nous confie que le quotidien « n'a pas vocation à être éditeur » et que les ebooks seront donc exclusivement rédigés par « des journalistes, des personnalités dans le périmètre du journal, des chroniqueurs ou des invités ».

 

Le magazine Cosmopolitan, lui, a proposé à ses lectrices des ebooks spécialement taillés pour elles, avec « 3 contes coquins » rédigés pour l'occasion. « L'édition d'ebooks est une extension quasi-naturelle de notre marque, puisque les gens achètent des tablettes et des readers, explique Emma Dally, directrice des publications chez Hearst Magazines, le propriétaire de Cosmo. Cosmo a toujours eu un programme d'édition, et celui-ci sera bientôt numérique. »

 

Une conversion qui n'inquiète pas outre-mesure, au contraire : Dally souligne que les risques engagés par la publication d'un ebook sont « minimes ». Au Guardian, où l'on publie des Guardian Shorts (anthologies d'articles et d'archives) depuis l'année dernière, on est d'accord : « Pour l'instant, nous n'avons eu que des réponses positives, et une note moyenne de 4 étoiles sur Amazon. Nous apprenons au jour le jour ce qui marche et ce qui ne marche pas. Certains sujets ont été des vrais flops, d'autres ont reçu un accueil inespéré et chaleureux. »