Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les éditeurs précipitent eux-mêmes la disparition du livre papier

Nicolas Gary - 25.09.2013

Lecture numérique - Usages - offre couplée - livre numérique - livre papier


Pour encourager les ventes de livres papier, l'écrivain Bill Bryson propose aux éditeurs d'offrir la version numérique des ouvrages. Ce grand amateur de voyages se sent cruellement coupable, aujourd'hui, parce qu'il ne soutient pas les librairies. Sauf que ce n'est pas sa faute, réellement : c'est celle du format, et de son amour pour les livres.

 

 

 Book formats, new and old

Adam Tinworth, CC BY SA 2.0

 

 

« Ce serait une chose terrible de perdre des livres physiques », explique l'intéressé à la BBC, qui se plaint d'être par conséquent forcé de choisir des ebooks quand il part en voyage. C'est plus commode à déplacer, moins lourd et plus pratique. Et pourtant, la disparition du papier, ce sont les éditeurs qui la précipitent, explique-t-il à la BBC.

 

« C'est la direction que nous prenons parce que les éditeurs ne répondent pas aussi efficacement qu'ils le devraient. » La solution passerait donc par une offre intégrant le livre numérique gratuit pour l'achat de la version papier, un système qui, étonnamment, existe en France depuis plusieurs années, mais semble assez peu démocratisé outre-Manche. 

 

Cette approche représenterait une « solution au malaise de l'industrie », poursuit Bryson, alors qu'Amazon a lancé voilà deux semaines Matchbook, un service qui propose l'ebook pour un tarif particulièrement attractif, lorsque l'on a acheté, chez Amazon, la version physique. « Si les éditeurs ne se bougent pas rapidement, les gens seront forcés de choisir les versions numériques, qu'ils le souhaitent réellement ou non », estime-t-il.

 

Et mon Qr code, c'est du poulet ?

 

Lui qui a découvert tardivement le numérique est désormais conquis par la commodité d'usage, mais face à ces méthodes simples et de bon sens, se trouve évidemment Richard Mollet, le patron de la Publishers Association. Selon lui, quelques entreprises ont cherché des modèles permettant le regroupement des offres papier et numérique. « Mais il est important de ne pas sous-estimer les grands défis techniques et commerciaux derrière ce qui peut sembler une idée simple. »

 

On croirait entendre le syndicat des éditeurs en France : techniquement, que ce soit chez les Editions Dialogues, ou chez Publie.papier, filiale de Publie.net qui propose les oeuvres en impression à la demande, la solution technologique n'a pas été bien complexe à mettre en place. Un QR Code à scanner, et voilà que la version numérique est offerte au lecteur. Entendre que la technique pose un souci, c'est clairement ne pas avoir réfléchi à la question. Le modèle commercial, en revanche, c'est autre chose...

 

Mais on ne peut que rejoindre M. Bryson, pour qui l'industrie elle-même plonge vers sa propre fin : comment lutter contre l'offre Matchbook d'Amazon, qui finit de verrouiller son environnement et l'écosystème Kindle ? En allant jusqu'à offrir gracieusement la copie numérique pour un ouvrage, la firme américaine va nécessairement s'attirer les sourires bienveillants des consommateurs...

  

En France, la question de l'offre couplée semble être possible, mais pose néanmoins problème, du fait de la loi sur le prix unique du livre et du livre numérique. Seule la loi PULN autorise des modifications tarifaires, « en fonction du contenu de l'offre et de ses modalités d'accès ou d'usage » (article 2), alors que la loi Lang interdit toute variation de ce genre. L'offre couplée papier+numérique est donc possible, mais pas nécessairement d'une légalité idéale...